Théorie de l'enseignement universel par A. Durietz - 1829 - Introduction.

Publié le par Joseph Jacotot


Traité complet
de la
Méthode Jacotot

RENDUE ACCESSIBLE À TOUTES LES INTELLIGENCES

OUVRAGE DÉDIÉ

 aux institutions, aux pères de famille, à toutes les personnes qui s'occupent d'éducation

PAR M. A. DURIETZ

Membre de plusieurs sociétés savantes,ex-professeur aux Ecoles centrales, ex-directeur d'instruction publique et privée, et l'un des plus anciens propagateurs de la Méthode

QUATRIÈME ÉDITION

PARIS

L. DUREUIL, PLACE DE LA BOURSE
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1829
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Théorie
de
l'Enseignement universel.


Introduction essentielle

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La méthode Jacotot, ou l'Enseignement universel, est une expérience faite sur l'entendement humain, qui, sans être nouvelle, par la manière dont son auteur a su la reproduire, et la puissante impulsion qu'elle donne aux jeunes esprits, s'applique avec un égal succès à l'enseignement de toutes les sciences, assure aux élèves des progrès frappans dans toutes les branches des connaissances humaines et qui paraîtraient tenir du prodige, s'ils ne reposaient sur des faits de la plus incontestable évidence, sur des résultats à l'abri de toute controverse.
    Quelque imposante que puisse paraître une telle assertion, il peut rester  dans l'esprit de ceux qui ignorent ces résultats certains doutes contre lesquels ils sont souvent sans armes: avant d'accorder une foi entière à un fait, quelque fidèle qu'en soit l'autorité, on veut en connaître l'origine et la cause, et comment elles opèrent. Plus la marche de la méthode sera rapide, étonnante, plus grande sera la disposition au doute, jusqu'à ce que l'expérience ait achevé de produire enfin la conviction. Reconnaissant alors des résultats d'une évidence géométrique, la simplicité de ses principes, l'immensité de ses applications, l'excellence enfin de la méthode, on n'hésitera plus à en faire jouir les élèves. La doctrine de l'Emancipation intellectuelle est éternelle comme la vérité.
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    On s'étonne avec raison que l'instruction ait été si long-temps privée d'un secours si extraordinaire. La réponse est facile: de ce que les sciences ont été créées, organisées, sans que la marche suivie pour leur acquisition ait été suffisamment observée, analysée; de ce que l'esprit de l'homme ne se meuble de connaissances solides et durables qu'en comparant celles qu'il connaît avec celles qu'il ne connaît pas encore; que les principes de l'Enseignement universel reposant sur la nature de l'intelligence humaine, on peut compter avec certitude sur leurs résultats; que les vieilles routines comme les corps célestes, tournant sans cesse dans les mêmes orbites, l'élève y roule avec elles dans le chaos métaphysique, et s'évertuant de l'inconnu au connu pendant sept ou huit années, jusqu'au moment où, brisant les entraves des supins et deponens, il sente le besoin d'études plus substantielles.
    Un homme a fait de nos jours plus que tous ses prédécesseurs pour débrouiller le chaos de l'enseignement en faveur d'une jeunesse studieuse, réduite naguère à sécher sur des travaux aussi fastidieux que pénibles pour apprendre mal peu de choses, à dévorer des années d'ennui avant de pouvoir faire usage de ses facultés naturelles, et secouer le joug sous lequel des traficans de ténèbres, à l'abri d'un monopole opresseur s'efforcent d'enchaîner l'intelligence. Cet homme, que la France nommera un jour avec orgueil, est Monsieur Jacotot, qui, depuis douze années répand les bienfaits de l'émancipation intellectuelle, en dépit de la formidable controverse des intérêts blessés, de l'orgueil humilié. Celui qui a su se frayer une route aussi sûre, aussi lumineuse, a acquis des droits à la reconnaissance générale: son nom appartient à la postérité.
Aussi l'Enseignement universel faisait des prodiges en Belgique, et à peine si nous nous en doutions en France; ce qui, à vrai dire,  ne fût peut-être pas arrivé, si son fondateur avait jugé à propos d'exposer plus clairement la théorie et la pratique de sa méthode.
    Considérant que ce serait s'associer à ce grand bienfait que d'en rendre les procédés et les exercices accessibles  à toutes les intelligences, n'eussions-nous contribué qu'à les répandre, nous avons osé en entreprendre la tâche, résolus d'emprunter nos matériaux à toutes les sources lucides qui nous en offriront de convenables, pour éclairer notre marche et remplir nos vues, en n'employant que ceux que le fondateur lui-même a consacrés dans ses propres ouvrages.

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Avant d'entrer dans la matière, saisissons le fil qui doit nous guider. En partant de ce fait que la méthode consiste à se mettre en face d'un art ou d'une science qu'on veut acquérir, à en considérer séparément tous les faits, c'est à dire les examiner, les étudier d'abord dans leur ensemble, ensuite les décomposer, les séparer pour les examiner un à un, jusqu'à ce qu'on en ait obtenu des idées claires et nettes. On  recompose alors son sujet en combinant de nouveau l'ensemble de ses élémens, et recherchant les causes et les effets, observant tous les rapports qui les lient entre eux, jusqu'à ce qu'on ait bien saisi cet ensemble, et que, bien compris, les faits s'enchaînent dans notre esprit pour n'y former qu'un seul tout. Nous ajouterons que cette marche s'étend à toutes les branches des connaissances humaines, quelles qu'en soit la nature, soit physique, soit morale
    Cette indication, que nous développerons ailleurs d'une manière plus étendue, doit suffire maintenant pour arriver à cette observation qu'il n'était encore venue à l'esprit de qui que ce fut ( on la doit à M. Jacotot) que cette méthode, incontestablement la meilleure pour découvrir comment, en général, les sciences ont été créées, pourrait bien être aussi la seule bonne pour les enseigner. Honneur et gloire à celui qui, le premier, mit au jour cette heureuse conception, qui, le premier, aperçut dans les deux cas l'identité de raison pour l'appliquer à l'émancipation intellectuelle.
Une idée si ingénieuse est devenue pour nous un trait de lumière. Nous avons pensé que la méthode la plus sûre pour faire découvrir les principes des sciences pourrait aussi nous conduire à trouver comment la méthode elle-même a été découverte, en remontant aux sources identiques d'où son auteur a su la faire jaillir, c'est à dire à la révolution philosophique du dix-huitième siècle. Essayons de mettre en évidence une proposition si essentielle au développement de notre théorie; à mesure que nous avancerons, de nouveaux rapports se multiplieront, devant nous pour en établir l'incontestable analogie.


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Le caractère du dix-huitième siècle n'a été, pour ainsi dire, qu'une lutte opiniâtre contre l'esprit du moyen-âge et la victoire définitive de l'indépendance humaine sur le principe philosophique de cet âge informe. Veut-on des preuves de la justesse de cette assertion? Il suffit de remonter jusqu'aux divers systèmes qui prévalaient alors, qui ont des racines profondes dans l'espèce même de la philosophie de ces âges pour se développer sous des formes plus larges et plus libérales.
    On ne conçoit bien un mode d'enseignement qu'après l'avoir scruté dans ses rapports, dans son caractère, et sur la foi de la vérité qu'il paraît renfermer. S'il est important d'arriver à la solution d'un problème par une judicieuse investigation, il ne l'est pas moins de s'assurer de l'espèce et de la diversité des rouages et des antécédens mis en oeuvre, si l'on veut obtenir des résultats comparables et remonter jusqu'aux principes mêmes qui ont concouru à sa découverte.
    Le résultat de notre exploration nous conduit visiblement au développement des principes de l'émancipation intellectuelle.
Achevons d'en produire la preuve;
Ainsi en se reportant à la philosophie du dix-huitième siècle, on y reconnait deux bases fondamentales: le développement SPONTANÉ et la RÉFLEXION. D'où il résulte que l'instrument de la réflexion n'est autre que l'analyse, c'est à dire la décomposition ou séparation de ce qui est complexe. La réflexion a-t-elle observé un phénomène? Il faut qu'elle le reproduise sous de nouvelles formes, jusqu'à ce qu'elle soit parvenue à le reconnaître dans toutes ses apparences et par tous ses attributs. Toutes ces parties étudiées,  reste à chercher les rapports qui les lient entre elles, pour les reconstruire dans leur intégralité primitive.
Or cette séparation ou décomposition d'un seul tout, ayant reçu la dénomination d'ANALYSE, sa recomposition ou la recollection de toutes ses parties prendra la dénomination de synthèse. Ainsi, décomposer un tout primitif sera l'oeuvre de l'analyse, et le recomposer de toutes pièces sera l'oeuvre de la synthèse. Telles sont les deux opérations vitales qui constituèrent la méthode du dix-huitième siècle. Il est juste d'observer que les siècles précédens avaient plus ou moins participé à la gloire de cette grande découverte; il était réservé au dernier de la faire briller de tout son éclat.



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Les générations précédentes eurent sans contredit leur jeunesse relative. L'antiquité elle-même retentit d'éloges d'une antiquité plus reculée. Mais nous, Modernes,  qui avons recueilli, accumulé tout ce que la vie humaine, le temps et l'antiquité ont produit d'expérience sur les hommes et sur les choses, c'est nous qui sommes à notre tour les barbes grises, nous qui sommes entrés dans la lice d'une enseignement vital, forts de tous ces avantages! N'importe... point d'innovations! Mais toute institution a commencé par être une innovation, ou bien tout ce qui existe était mauvais dans son origine? De là, point de vaccine, point d'enseignement mutuel ou primaire, point d'émancipation intellectuelle, rien même de ce qui sera généreux et utile. Stationnaires isolés de tout mouvement social, nos universitaires continueront à s'endormir dans une douce quiétude; aucune idée de réforme, d'amélioration ni de concurrence ne viendra troubler leur avenir dans un système en désharmonie avec nos moeurs, les nécessités et les buts de la société actuelle.
     C'est ainsi qu'une jeunesse avide d'instruction continuera, sous leur bon plaisir, à pâlir sous des thèmes, à balbutier des vers latins, des amplifications ampoulées, et terminant enfin cet utile système par des ergoteries qualifiées de logique, ou ce ramas de lieux communs sous le nom de philosophie; rien d'usuel, aucune connaissance spéciales ne seront appelées à rendre les jeunes gens propres au commerce, aux voyages, à tous les genres d'industries. Sortis du collège la tête emplie de Grecs et de Romains, ignorans de tout ce qui les entoure, c'est ainsi qu'ils seront préparés au choix d'un état honorable, à rendre un jour d'éclatans services à l'Etat, à la patrie, à eux-mêmes.

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N'est il pas admirable qu'à travers les flots de lumière répandus par torrens dès le dix-huitième siècle, et qui par l'irrésistible mouvement social qu'ils déterminèrent, préparaient la ruine de tous ces système poudreux, tant de riches monumens soient restés stériles pour l'enseignement du jeune âge; qu'il se traîne encore dans le fatras scolastique sous la lisière des vieux erremens, sous le joug de l'arbitraire et du monopole? Croirait-on qu'en présence de matériaux si nombreux, dont nous venons de  parcourir l'imposante et riche nomenclature, rien ou presque rien, n'ait été créé dans l'intérêt de la jeunesses; que pas un seul code d'exercices-pratiques et satisfaisant n'avait ( avant celui dont M. Jacotot vient de lui rendre le bienfait)  été conçu, exécuté sur les traces de nos grandes illustrations pour favoriser le début des jeunes élèves! Est-ce enrichir leur entendement que de commencer par l'abrutissement du jargon métaphysique des langues, dont une partie, purement philosophique, est au-dessus de leur portée; que l'autre, n'étant pour eux qu'un vain ramas de mots, ne se rattache à rien de ce qu'ils connaissent? des mots! Est-ce là le stimulant le plus propre à fertiliser de jeunes esprits, sur qui reposent tant de nobles espérances?

     N'est-ce pas plutôt à développer, à meubler la mémoire en perfectionnant l'entendement, que doivent tendre tous les efforts, en dirigeant toutes les puissances d'attention sur le premier âge, sur ce qui, frappant fortement ses sens, est le plus apte à l'intéresser vivement? Sachez donc fixer cette attention, non par la contrainte et l'ennui, mais piquez, entretenez cette curiosité si facile à mettre en action par un attrait aimable, et vous vous convaincrez combien il existe à cet âge de sentimens et de raison, si vous avez su y rattacher l'aliment convenable, en harmonie avec le modèle précieux qu'assigne la méthode.

C'est par nos sens que pénètre dans l'âme l'impression de nos premières idées. En vain chercherait-on à y faire rentrer des notions abstraites avant d'y avoir fait germer les premières. Combien de jeunes esprits se formeront-ils à la connaissance des choses d'ici-bas, si le plus grand nombre d'objets sensibles n'a été soumis d'avance à l'action de leurs facultés, que, témoins des faits, ils naient été mis à portée de les comparer, d'en saisir les analogies? Quelle espèce d'idée concevra l'enfant, si le spectacle d'un monde animé n'a été pour lui un sujet préalable d'analyse continuelle et d'observation ?

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M. Jacotot révèle à l'homme qu'il peut tout ce qu'il veut; qu'il ne dout pas se laisser abattre par la supériorité de ceux qu'il prend pour modèle, mais s'efforcer de les atteindre, de les dépasser même s'ils s'arrêtent. A ces encourageans principes se joint un système d'agrégation entre les diverses branches d'enseignement, tel que les élèves, après deux ou trois années d'études, répondent sur le grec, sur le latin, sur la philosophie, sur les mathématiques, sur l'histoire, sur la géographie, de manière à se faire recevoir, comme on le dit encore, au rang de bacheliers es lettres. Que de jeunes demoiselles, après deux ou trois années de travail savent en histoire, en géographie, en mathématique, tout ce qu'il en faut; connaissent une ou deux langues étrangères; savent le français de manière à produire en peu d'instant sur des mots donnésà volonté des morceaux littéraires, moraux ou philosophiques, tels que nous en verrons ailleurs chacun à leur article. Que les mêmes élèves en se récréant, et sans nuire à d'autres exercices, peuvent apprendre la musique et le dessin, de manière à improviser et à exécuter un chant avec accompagnement de piano, sur un sujet donné, et à dessiner ou peindre tout ce qui se présente d'après la bosse ou d'après nature.

Quel que soit en lui-même le nombre des élémens de la méthode, on peut le renfermer en trois parties principales: une partie MNÉMONIQUE, une partie ANALYTIQUE, et une partie SYNTHÉTIQUE.

La première consiste à confier un livre ou un texte quelconque à la mémoire, et à le répéter tous les jours.

La seconde est analytique en ce qu'elle oblige l'élève à réfléchir sur ce qu'il a appris apr coeur, et à distinguer de lui-même les mots et les rapports qui unissent les idées.

La troisième est synthétique, puisqu'elle dirige l'élève à mettre en oeuvre, dans des compositions variées, les matériaux qu'il a rassemblés dans les deux premières sous les noms de  DÉVELOPPEMENS, IMITATIONS, PORTRAITS, PARALLÈLES, DECRIPTIONS ANIMÉES, SYNONYMES D'EXPRESSIONS, DE PENSÉES, DE RÉFLEXIONS etc. 

C'est dans la manière dont Monsieur Jacotot fait employer ces trois procédés qu'il faut chercher le caractère distinctif de sa méthode.
1° Apprenez un livre par coeur, répétez-le sans cesse pour ne pas l'oublier, et rapportez-y tous les autres livres, ou bien, sachez quelque chose, et rapportez-y tout le reste. ce qui signifie:  quand ce reste, qui vous est inconnu, se présentera à vos yeux, rendez-vous en compte, expliquez-le par ses ressemblances avec ce que vous avez appris. Cette partie, entièrement analytique, est toute de réflexion. Elle doit utiliser le dépôt déjà confié à la mémoire pour l'appliquer à de nouvelles combinaisons, et en tirer le plus grand parti possible. Cette analyse doit toujours être spontanée de la part des élèves.


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Or, savoir un livre et y rapporter tous les autres, comprend toute la méthode, en ce que les autres livres ne sont autre chose que le commentaire ou le développement des idées contenues dans le premier; En un mot, rapportez toutes les liaisons d'idées des autres livres à celles du livre modèle, il ne s'agit plus que de voir en quoi tout cela diffère ou se ressemble; de confronter les styles en exerçant l'élève à comparer toutes les peintures d'un même sentiment, à faire avec soin l'examen des mots, des expressions etc. nous ne saurions désormais les prononcer sans réveiller en nous les idées que nous y attachons, car si, dans une circonstance analogue, nous éprouvions le même sentiment, l'expression se représenterait d'elle-même. C'est ainsi que toutes les définitions sont extraites de la connaisance de faits généralisés. Voyez donc les faits, ils vous fourniront des réflexions. Veut-on, par exemple, parler de la vanité, de la présomption, etc. , en regardant le fait dont ils sont le signe, nous aurons la perception de la chose et nous la définirons.

Ainsi cette chose à apprendre quand il s'agit des langues, c'est un livre. pour le latin, c'est l'EPITOME avec la traduction en regard; pour le français, et les langues étrangères, c'est TÉLÉMAQUE.

Car tout se trouve dans ce livre; style élégant, récits variés, éloquence douce, vertueuse et persuasive sont les qualités précieuses qui justifient le choix du modèle: Télémaque est le livre de l'enfance comme celui de l'âge mur.

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PREMIER PRINCIPE

Un bon système d'enseignement doit aider à la fois l'esprit et la mémoire; présenter d'abord les idées dans l'ordre le plus facile à saisir, ensuite les offrir à la mémoire de manière à les faire retenir promptement et en évoquer le souvenir à volonté.

SECOND PRINCIPE
La même méthode qui seule a pu faire découvrir toutes les sciences, est aussi la seule qu'on puisse employer pour les enseigner.

TROISIÈME PRINCIPE
Mais pour devenir savant, il ne suffit pas d'avoir appris, il faut encore avoir retenu, et pouvoir retrouver à volonté les connaissances que l'on a acquises.

QUATRIÈME PRINCIPE
Pour donner à la mémoire toute sa puissance, l'homme doit s'appliquer à associer toutes ses idées entre elles. Il doit se former d'abord un centre ou un noyau d'idées qu'il sache retrouver toujours à volonté, puis s'efforcer d'y attacher sans cesse et d'y lier ses connaissances nouvelles, afin d'en former un seul tout inséparable, et dont aucun epartie ne puisse s'offrir à son esprit sans réveiller aussitôt le souvenir de toutes les autres. On verra ailleurs combien cette application est ingénieuse et féconde.

CINQUIÈME PRINCIPE
Après avoir décomposé un fait et compris ses élémens, on cherche à le recomposer; on compare, on combine tous ses rapports un à un, deux à deux etc. On recherche leurs causes et leurs effets, jusqu'à ce que l'on se soit formé des idées claires de chaque groupe délémens, et enfin du fait entier; puis on les recombine entre eux, en s'attachant toujours à saisir les rapports qui les unissent, à remonter des faits à leurs causes, aux lois qui les régissent, jusqu'à c equ'on ait bien compris chaque groupe de faits, et enfin tout leur ensemble. la science qu'on voulait découvrir est alors tout à fait connue.

Ainsi, DÉCOMPOSER d'abord pour observer les faits, ou leurs élémens, un à un; puis RECOMPOSER en comparant les faits entre eux, jusqu'à ce qu'ils ne fassent qu'un seul tout, telle est, en résumé, la marche à suivre pour arriver à connaître également bien les moindres applications et les principes les plus élevés d'une science. La nécessité de se soumettre à cette marche n'est plus contesttée aujourd'hui dans le monde savant; mais il n'était encore venu à l'idée de eprsonne que cette marche pour découvrir les sciences pourrait bien être aussi la seule bonne pour les enseigner.



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Ainsi Monsieur Jacotot pense imperturbablement que l'intelligence est égale chez tous. cette opinion, qu'il avance avec une grande force de conviction, a pu armer la critique contre son système; mais si on la considère, par ses heureux résultats, comme la force de volonté qui anime et transporte les élèves au-delà des limites intellectuelles de leur âge, elle ne s'en généralise que mieux et on peut la traduire dans cette assertion: l'intelligence humaine est sans bornes.

Disons donc aux élèves qu'ils sont égaux en intelligence, que le temple des sciences est ouvert à tous, que qui que ce soit n'a acquis le droit de donner à un autre un brevet d'incapacité et d'ignorance. C'est  ainsi que la méthode sait relever le courage humilié, arracher à l'orgueil l'arme insolente du mépris; que ses résultats qui ne cessent d'être l'apanage de nobles efforts, d'un travail soutenu et d'une volonté persévérante.

En effet, persuader un élève qu'il est sans aptitude à s'instuire, que la nature l'a déshérité en le condamnant à un degré d'infériorité intellectuelle, n'est-ce pas comprimer d'avance les efforts de son esprit? Opinion décourageante, qui ne peut tendre qu'à paralyser les progrès de l'intelligence, étouffer tout sentiment d'émulation.

Ce n'est pas, dit M. Jacotot, la simple capacité d'apprendre qu'il s'agit de proclamer chez les hommes, mais la capacité de tout apprendre. L'élève, convaincu de l'égalité des intelligences, ne sera plus tenté de se retrancher derrière son incapaciét prétendue, et, bon gré mal gré, il faudra qu'il marche de pair avec ses camarades. Ne serait-il pas ridicule d'entreprendre de faire étudier ceux que l'on croit incapables d'apprendre, or, d'après la méthode, celui qui peut apprendre quelque chose peut TOUT  apprendre.

Après avoir suivi l'auteur pas à pas dans la découverte de sa méthode et en avoir exposé la théorie, il ne nous reste plus maintenant qu'à en développer la pratique par l'explication détaillée de ses diverses branches.

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