EXEMPLES DE MAUVAIS RAISONNEMENTS (XII)

Publié le par Joseph Jacotot

Voilà comment l’enseignement universel a eu un petit moment de vogue ; voilà pourquoi il en aura peut-être encore de temps en temps.

 

Mais comme les hommes seront toujours paresseux et orgueilleux, le système explicateur régnera partout jusqu’à la fin des orgueilleux et des paresseux ; on dira toujours que les grands hommes ont été formés par de petits explicateurs ; nous dirons sans cesse que ce raisonnement est mauvais, et on nous répliquera jusqu’à extinction, avec la Gazette de France : Voyez combien de grands hommes ont été produits par les collèges et les universités ! ils sont grands hommes et ils ont fréquenté les universités ! donc…

 

Je dis que la Gazette de France ne sait ce qu’elle dit. Qu’en pensez-vous ? Citerez-vous toujours la Gazette ?

 

On me dit que le désintéressement du philosophe n’a pas plus de réalité que tous les prétendus faits de l’enseignement universel. Le philosophe avoue, dans son premier volume, qu’un journaliste perfectionné l’accusa en 1818 d’être vendu à l’oligarchie ; que lui, philosophe, répondit qu’il était prêt à rendre service à l’oligarchie, à condition que ce serait pour rien. Or, il est clair que, puisque le perfectionné connaissait la vente, comme il n’y a pas de vente sans prix, il est clair, me dit-on, que le philosophe soi-disant désintéressé a touché le prix de la vente à l’oligarchie dès l’année de 1818 ; et même en examinant les circonstances du début universitaire du désintéressé, le susdit philosophe aurait été payé d’avance au détriment des savans du pays qui auraient pu se vendre aussi bien que le désintéressé, et palper philosophiquement les florins qu’il a recueillis ; ainsi la vénalité une fois démontrée dans le passé, elle doit se supposer dans l’avenir. Voilà pourquoi tout le monde rit aujourd’hui quand on entend vanter le désintéressement du vendu à l’oligarchie. Cependant il n’y a pas de mal à se faire payer par les oligarchies ; elles sont riches, elles ont le moyen de se laisser duper par un charlatan, sans courir le risque de se ruiner pour cela ; que le philosophe convient du fait avancé par le journaliste perfectionné, tout sera dit. Mais le désintéressé paraît avoir l’audace du crime, il touche les espèces, et il dit dans son premier volume : La société n’est pas assez riche pour me payer. Ainsi, au dire du désintéressé, tous les trésors du Pérou seraient une récompense indigne du bienfait de l’émancipation intellectuelle ! Voyez quelle inconséquence : il avoue que ce bienfait n’a été inventé que pour les familles ; et il discute le prix qu’une société devrait payer pour un bienfait dont elle ne peut pas jouir. Le vendeur déclare qu’il est impossible de livrer la marchandise à l’acheteur, et, en même temps, il insulte aux finances de cet acheteur. Tout cela, quand il est constant que l’oligarchie a payé dès l’époque de 1818, et qu’elle a bien payer encore

 

Je ne répondrais pas que nous ne sommes plus en 1818 ; que ; que ; etc. ; Mais je dirais : J’ai lu des éloges du désintéressement ; ces éloges étaient écrits par des petits qui écrivent mieux que beaucoup de savans qui ne sont pas désintéressés. Voilà la question.

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