Joseph Jacotot - E. U. Langue Maternelle Post-scriptum 1

Publié le par Joseph Jacotot




Pages 399 à 402




POST-SCRIPTUM ( 1 )
Première partie



    Je fus nommé, le 29 juin 1818, Lecteur pour la langue française à l'université de Louvain. Monsieur Falk, homme d'esprit, en ce moment ambassadeur en Angleterre, était alors ministre de l'instruction publique dans le royaume des  Pays-Bas.

    J 'ouvris  mon cours à l'université, le 15 octobre 1818. La salle était remplie; elle retentit d'applaudissemens. Un professeur de l'université qui était présent, écrivant à un de ses amis à Bruxelles, pour lui rendre compte de cette séance, disait: " L'enthousiasme était semblable à celui qu'excite Talma sur la scène, quand le public ne peut s'empêcher de l'interrompre en applaudissant.

    Ce premier succès me valut l'honneur d'une diatribe, dans un journal qu'on rédigeait alors à Louvain. C'était un journal de l'opposition, et je fus accusé de m'être vendu à l'oligarchie. Je ferai connaître cette diatribe.

    Telle était l'opinion que les hommes de l'opposition avaient de moi, et, quelques mois après, le parti contraire s'éleva contre le novateur. M. Falk écrivit, à cette occasion, une lettre à M. le recteur Harbaur ( 2 ). Voici ce que répondit le révolutionnaire vendu à l'oligarchie:

    "Monsieur le Recteur,

    J'ai réfléchi à ce que vous m'avez dit hier. J'ai pensé qu'il convenait à ma position de vous donner une réponse écrite. Il m'est impossible de rendre comppte de chacune des expressions dont je me sers en parlant; mais comme l'interprétation qu'on peut donner  à mes paroles comprommettrait la tranquillité dont j'ai besoin, je renonce dès ce moment à faire un cours public, et je me bornerai à donner des leçons à ceux des élèves qui m'en demanderont, conformément au réglement. J'ajoute seulement que je crois avoir été utile à la jeunesse; je crois avoir mérité l'estime des pères de famille; je crois même avoir bien mérité du gouvernement, dont je n'ai jamais parlé que pour vanter aux Belges le bonheur qu'ils ont de vivre sous des lois égales pour tous. J'invoque, à cet égard, le témoignage de tous ceux qui m'ont entendu.

    J'ai l'honneur d'être avec respect et reconnaissance etc."

    Ainsi le cours public avait cessé. Tant qu'il dura, la salle était remplie, non seulement d'auditeurs de la ville, mais encore d'amateurs qui venaient des villes voisines, pendant l'hiver, pour m'entendre. Je posais à cette époque les fondemens de l'Enseignement universel.

    J'invite les antagonistes à lire attentivement l'article de l'Observateur, que je leur donnerai dans le second volume. Ils se reconnaîtront; ils verront qu'après onze ans, ils ne disent rien de nouveau contre l'Enseignement universel : Tout est dans tout; c'est-à-dire, tout ce que les antagonistes de tous les pays écriront, est dans ce qui a été écrit par les antagonistes belges.

  C'est une preuve de l'égalité des intelligences, tirée des écrits mêmes de ceux qui soutiennent l'inégalité.

    Je publie le pour et le contre. Je ne veux pas tromper les pères de famille, en leur cachant ce que mes adversaires regardent comme des raisons.



(1) Ce post-scriptum a été ajouté à l'ouvrage, à partir de la quatrième édition, pour rendre toute contrefaçon impossible en France. Voir la préface de cette dernière édition.
note de l'éditeur.

( 2 ) Voyez le volume Mathématiques




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le bateleur 14/06/2007 09:09

"Il m'est impossible de rendre comppte de chacune des expressions dont je me sers en parlant; mais comme l'interprétation qu'on peut donner  à mes paroles comprommettrait la tranquillité dont j'ai besoin, je renonce dès ce moment à faire un cours public, et je me bornerai à donner des leçons à ceux des élèves qui m'en demanderont, conformément au réglement."Terrible conclusion de Joseph Jacotot.Oui, la communication suppose une certaine "bonne volontée" celle-là même que les spécialistes de l'enseignement géré à l'aide des Normes et des autres outils de la bureaucratie refusent de prendre en compte autrement quedu côté des élèves sous la forme de ce mot "trou noir" de "motivation".Il faut refuser de parler à ceux qui, réfugiés sur des hauteurs, derrière des meutrières, ne vous observent que pour vous envoyer des traîts.Il n'y a rien dans les mots transmisque ce que chacun accepte de recevoir de l'autre.