Joseph Jacotot - E. U. Langue Maternelle Post-scriptum 12

Publié le par Joseph Jacotot




Pages 438 à 441



POST-SCRIPTUM
Douzième  partie




Les riches

   




    Dans tous les pays, les plus riches et les plus pauvres sont les plus libres dans l'éducation de leurs enfans. Les lois, là où elles se mêlent de l'instruction, ne songent point aux malheureux de la dernière classe. Les très riches ne tiennent aucun compte de l'organisation universitaire.


    Les récompenses promises aux soldats de ce régiment ne peuvent être méritées par les indigens, et sont trop peu de choses pour être ambitionnées par les autres. Ainsi cet esclavage ne pèse réellement que sur la classe moyenne qui ne forme nulle part la majorité de la nation. Il y a sur toute la terre beaucoup moins d'enfans dans les collèges que dans les rues.

Voltaire disait:

Si j'étais roi, je voudrais être juste
Et chaque jour de mon empire auguste
Serait marqué par de nouveaux bienfaits.

    Je dis, moi: Si j'étais roi ou prince, ou duc, j'élèverais mes enfans moi-même. Si j'étais comte, vicomte, baron, banquier etc., enfin  si  j'étais, par ma position sociale, indépendant des savans, si je n'avais nul besoin, pour mes enfans, des certificats d'un examinateur abrutissant, je les émanciperais, c'est-à-dire, que je les éloignerais de tout maître explicateur. 

    Plus on s'élève dans l'ordre social, plus l'émancipation intellectuelle est applicable. C'est là surtout qu'il faut être homme, et il sufffit de l'être, quand on est placé si haut. On ne pourrait pas même devenir savant. Dans ce cas, il suffit d'être émancipé pour émanciper ses enfans. Les gouverneurs, les précepteurs doivent être, sous les yeux d'un tel père de famille, ce que sont, dans les établissemens de l'Enseignement universel, les répétiteurs. Il n'y a rien de plus à dire sur ce sujet.

La classe intermédiaire.

    Il y a des pays ( en Angleterrre par exemple ) où celle-ci est libre. Mais je parle aux Français pour qui l'instruction est réglée par la loi.
    Dans cette classe-même, l'éducation des demoiselles est abandonnée au libre arbitre des pères de famille. Elle ne sont pas destinées à des examens pour telle ou telle école. Exclues des emplois on n'exige rien d'elles; la mère peut les élever à son gré et j'ai dit ce qu'il faut faire pour cela dans mes ouvrages.

    Enfin il peut arriver que dans cette classe-même, il se trouve des hommes qui ne se soucient pas de profiter des avantages promis aux collégiens.
Hé bien! Que ceux-là commencent par s'émanciper eux-mêmes s'ils ne le sont pas.  Puis ils émanciperont leurs enfans comme il a été dit à l'article des pauvres.


    Cela fait, il faut entrer dans l'Enseignement universel. Or, la marche qu'il faut suivre pour cela est tracée dans mes ouvrages: apprendre quelque chose et y rapporter tout le reste, d'après ce principe: Tous les hommes ont une égale intelligence.

    Mais la masse des individus de la classe dont nous  parlons n'est pas tout  à fait libre. Le plus grand nombre est obligé de porter le joug des examinateurs abrutissans et, par conséquent, d'appeler des explicateurs dans certains cas. Alors l'Enseignement universel est gâté.

    Cependant, rien n'empêche qu'on émancipe les garçons dès leur enfance Il peuvent apprendre à lire, à écrire, à dessiner, à jouer du piano etc. par la méthode des pauvres. Elevés à réfléchir, ils réfléchiront sur les explications qu'ils seront forcés d'entendre plus tard parce qu'ils sauront qu'elles ne sont pas nécessaires. Et le genre humain s'émancipera peu à peu, malgré les explications dont il sentira qu'il n'a que faire.



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