Benoit Gonod - Nouvelle exposition de la méthode Jacotot - 3

Publié le par Joseph Jacotot

 

Pages 14 à 16


III ème principe: IL FAUT COMPARER.

Première partie

J'arrive à ce troisième principe qui est à lui seul toute la méthode de l'enseignement universel , puisqu'on n'a appris que pour avoir des termes de comparaison, on  n'a répété qu'afin de les avoir sans cesse présens à l'esprit.
Comparer deux objets, c'est les mettre en regard, c'est les rapporter  l'un  à l'autre pour voir leurs ressemblances et leurs différences.

" Pour peu que l'on ait réfléchi sur l'origine de nos connaissances, dit Buffon, il est aisé de s'apercevoir que nous ne pouvons en acquérir que par la voie de la comparaison. Ce qui est absolument incomparable est entièrement incompréhensible. Dieu est le seul exemple que nous puissions en donner ici; il ne peut être compris parce qu'il ne peut être comparé.
Mais tout ce qui est susceptible de comparaison, tout ce que nous pouvons apercevoir par des faces différentes, tout ce que nous pouvons considérer relativement, peut toujours être du ressort de nos connaissances. Plus nous aurons de sujets de comparaisons, de côtés différens, de points particuliers sur lesquels nous pourrons envisager notre objet, plus aussi nous aurons de moyens pour le connaître, et de facilités à réunir les idées sur lesquelles nous devons fonder notre jugement. (  Hist. Nat. de l'homme; nature de l'homme.)

Il recommande même de mettre en rapport les objets qui ont entre eux le moins de ressemblance:

" Il est vrai, que le parallèle de deux choses opposées, et qui ne peuvent soutenir aucune sorte de comparaison, nous fait mieux connaître les objets. Les objets que l'on parvient à mieux connaître sont ceux, surtout, qu'on peut mettre en opposition, ce qui répand plus de lumière que les rapports de ressemblance."

Ce sont les mêmes considérations qui ont donné lieu  à cet axiome de M. Jacotot: Tout est dans tout.
Autrement dit,  tout est analogie. En d'autres termes,  il n'est rien qu'on ne puisse comparer à une autre chose, sous plus ou moins de points de vue. Axiome fécond; car ces rapports continuels éclairent ce qui était d'abord très obscur; conduisent au point  où l'on n'était pas encore arrivé. En un mot, sont la voie la plus certaine et la plus courte de toutes nos acquisitions personnelles, comme ils sont, pour ainsi dire, les degrés de toutes les sciences.

" Si l'homme, dit Laplace, s'était borné à recueillir les faits, les sciences naturelles ne seraient encore qu'une nomenclature stérile, et jamais il n'aurait connu les grandes lois de la nature. C''est en comparant les phénomènes et en cherchant à saisir leurs rapports qu'il est parvenu à découvrir les lois toujours plus empreintes dans leurs effets les plus variés. " ( Exposition du syst. du monde.)

Dans toute espèce détude, il faut aller , dit Condillac, du connu à l'inconnu. Cet axiome qui est dans toutes les bouches, et qui n'en est peut-être pas plus compris pour cela, ne signifie rien, ou alors il signifie: Il faut comparer.  Autrement dit, il faut chercher à voir, à retrouver ce que l'on sait dans ce que l'on veut apprendre. Autrement encore : c'est par le moyen du connu que l'on pénètre dans l'inconnu.




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