Benoit Gonod - Nouvelle exposition de la méthode Jacotot - 4

Publié le par Joseph Jacotot

 
Pages 16 à 18


III ème principe: IL FAUT COMPARER.
Seconde partie



La comparaison opère les associations d'idées. Ces associations sont toute notre mémoire, toute notre imagination, toutes nos connaissances.


Quand nous voulons retenir un mot nouveau, bizarre, que faisons-nous? Nous le rapportons, nous cherchons à quel mot connu il ressemble, et nous notons la différence. Ainsi, nous nous servons de ce que nous savons pour apprendre ( apprehendere: saisir)  ce que nous ne savons  pas encore. Veut-on retenir une date, un nombre quelconque, on le rapporte, on l'associe à un nombre, une dâte bien connue ou à des signes conventionnels avec lesquels on s'est familiarisé.


L'imagination est la soeur de la mémoire. Ces deux facultés, dit CH. Bonnet ( Essai analytique sur l'âme, n° 173, 223) ne sont point essentiellement différentes. "  Même lorsque nous faisons ce que nous appelons imaginer, nous ne créons rien absolument de neuf, nous ne faisons que nous rappeler ce que nous avons déjà éprouvé et en former de nouveaux composés." ( Destutt de Tracy, idéol. ch. XV).

C'est l'affaire de la mémoire de fournir à l'esprit ces idées dormantes dont elle est la dépositaire, dans le temps qu'il a besoin,  et c'est à les avoir toutes prêtes dans l'occasion que consiste ce que nous appelons invention, imagination,  vivacité d'esprit ( Locke, Liv. II, ch. X).

Ainsi, l'imagination est puissamment secondée par l'habitude de comparer. Les idées associées s'appellent mutuellement. Un seul mot fait revenir ses voisins, ceux-ci d'autres encore; de là ces traits vifs et brillans de l'imagination, que l'on attribue sans trop y avoir réfléchi à une cause occulte qu'on appelle tour à tour esprit , inspiration ou génie.

Toutes nos connaissances, si nous prenons garde à l'étymologie de ce mot, sont des notions unies ou des idées associées.

C'est ce qui a fait dire à un membre de l'Tnstitut (1) : " Qui a le plus d'imagination, plus de verve, plus de connaissances? Celui qui a vu et comparé plus d'objets,rassemblé plus de faits, par conséquent associé plus d'idées."

C'est aussi cette considération qui a découvert à un sage philosophe cette vérité profonde: " C'est dans les idées associées qu'il faut chercher le secret de perfectionner l'éducation." ( Ch. Bonnet, Essai analyt. n° 821)
M. Jacotot n'aurait-il pas résolu ce problème, le plus beau que puisse se proposer un ami de l'humanité?

Si l'on y fait bien attention, c'est l'habitude de comparer qui a formé tous ces hommes dont on a vanté le génie et les grands talens. Pour en citer un exemple frappant, ce fameux marquis de Bédémar, qui conduisit tous les fils de la conspiration contre Venise et que St-Réal nous peint comme l'un des plus puissans génies que l'Espagne ait jamais produits, s'était formé par ce moyen. On voit par les écrits qu'il a laissés qu'il possédait tout ce qu'il y a dans les historiens anciens et modernes qui peut former un homme extraordinaire. Il comparait les choses qu'ils racontent avec celles qui se passaient de son temps. Il observait exactement les différences et les ressemblances des affaires, et combien ce qu'elles ont de différent change ce qu'elles ont de semblable.

A cet exemple et pour abréger, je ne joindrai que celui de cet homme ingénieux qui explore aujourd'hui l'Egypte, et qui, procédant de rapports en rapports, a deviné l'écriture des anciens Egyptiens, et fait parler des monuments muets depuis tant de siècles que l'on croyait condamnés à un éternel silence.

On verra dans la seconde partie de cet ouvrage les nombreux exercices qui dérivent de ce principe.


(1) Naigeon, notice sur La Fontaine.
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