Benoit Gonod - Nouvelle exposition de la méthode Jacotot - 6

Publié le par Joseph Jacotot

 

Pages 23 à 25

VI. COMPARAISON DES DEUX MÉTHODES




D'après ce court exposé, on peut déjà juger de la ressemblance et de la différence des deux méthodes, qu'on appréciera mieux encore d'après les exercices conseillés par Monsieur Jacotot, et que nous ferons connaître dans la seconde partie.


Dans l'ancienne, on apprend de gros volumes de principes, de règles, de rudimens, de définitions...
Dans la nouvelle, l'élève apprend des faits particuliers, contenus dans un court Epitome, et, par l'analyse et la comparaison, il s'élève par lui-même aux principes et conclut les règles. Il y a donc marche directement opposée.

Dans l'ancien système, on répète, oui:  deux ou trois fois ou quatre fois au plus les morceaux que l'on a appris, puis l'on passe à un nouvel auteur, et il n'est pas d'élève qui, peu de semaines après qu'il a quitté un livre, en sache dix lignes consécutives. Il a été calculé qu' un élève, après un  an, n'a pas retenu le millième des faits qu'il a vus et étudiés. On sait même qu'il y en a qui, arrivés en troisième ou seconde, en savent moins de ce qui leur a été enseigné que ce qu'ils en savaient en sixième. Je ne parle pas des acquisitions qu'ils ont faites par eux-mêmes.

Dans le nouveau système, on répète tous les jours l'Epitome ou le manuel de la science ou de l'art qu'on veut apprendre. A cet Epitome, par l'exercice de la comparaison on rapporte tout ce que l'on voit de nouveau. On lie, on associe les idées. Par conséquent, on n'oublie rien, on voit chaque jour augmenter son trésor par des acquisitions nouvelles. On marche avec plus de courage parce qu'on sent qu'aucun pas n'est perdu.

Dans l'ancienne méthode, l'exercice de comparer, de rapporter est rare et presque nul.
Dans la nouvelle méthode, la comparaison est l'exercice de tous les instans: c'est l'âme de la méthode.

Enfin dans l'ancienne, le maître entasse règle sur règle, définitions sur définitions, c'est ce qu'il appelle: EXPLIQUER.

Dans la nouvelle, les faits et les faits seuls servent d'explicateurs.

L'enfant, en observant lui-même, découvre nécessairement des rapports. Faut-il dire combien il s'intéresse à ce qu'il a trouvé? Chacune de ses acquisitions devient pour lui une propriété qu'il chérit et qu'il cherche à améliorer. Et dans toutes ses acquisitions il éprouve une joie tout à fait inconnue aux élèves de l'ancienne méthode, qui, n'observant rien par eux-mêmes, ne cherchant et ne trouvant rien par eux-mêmes, recevant tout du maître, n'attachent aucun prix à ses observations les plus savantes et les laissent bientôt retomber dans l'oubli.

Avant de faire connaître l'application particulière des principes de l'enseignement universel, nous devons parler d'une opinion du fondateur qui a soulevé contre sa méthode une multitude d'adversaires: l'égalité des intelligences.




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