Benjamin Laroche: Méthode Jacotot en présence de l'Enseignement Universitaire -2

Publié le par Joseph Jacotot




Allons en Sorbonne. Bon! C'est M. Villerain qui professe. Il explique un auteur, il développe un texte, il fait un discours sur un point de littérature ancienne ou moderne.
Pourquoi tous ces frais d'esprit et d'éloquence? Concourt-il pour une chaire supérieure? Ces jeunes gens sont-ils ses juges?
—Non, ce sont ses élèves...
—Ses élèves! Et qu'apprennent-ils donc de lui?
—A être éloquens.
Quoi! Ils apprennent à être éloquens en ne desserrant pas les dents, en restant là immobiles comme des thermes ; ouvrant de grands yeux, écoutant de grandes phrases qu'ils ne comprennent pas toujours !
Singulière manière d'apprendre, que d'être là à ne rien faire !
Que penseriez-vous d'un cordonnier qui dirait à son apprenti :
« Mon ami, assieds-toi là; croise les bras; ne dors pas surtout, et regarde-moi bien. C'est comme cela que  tu deviendras bon cordonnier. »
Cela serait bel et bon; mais cet apprenti-là ne ferait jamais de souliers pour moi! Belle comparaison ! me dira-t-on; des souliers et de l'éloquence, quel rapport cela a-t-il?
Plus qu'on ne croit. On apprend à faire des discours en faisant des discours, et des souliers en faisant des souliers. Mais on ne sera de sa vie ni cordonnier ni orateur, en restant cloué sur un banc sans rien faire.


Mais n'anticipons point: nous reviendrons sur cette matière. Voilà donc l'organisation de nos collèges. Là, l'élève, après avoir dormi en cinquième, va dormir en quatrième, puis en troisième, puis en seconde, puis en rhétorique, puis en philosophie, puis dans le monde, puis chez lui. Il aurait aussi bien fait de n'en point sortir. Laissons donc là cette victime de l'abrutissement scolastique, et voyons si c'est là le nec plus ultra de la perfection; voyons s'il n'y a pas moyen de faire mieux, et si les générations sont vouées à perpétuité à subir les conséquences d'un système qui me paraît être le plus sérieux obstacle au perfectionnement de la grande famille sociale. Voyons.




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