Benjamin Laroche: Méthode Jacotot en présence de l'Enseignement Universitaire -4

Publié le par Joseph Jacotot


LA MÉTHODE.


Que vois-tu là ?

ELEVE.

Que Calypso était immortelle, et quelle était malheureuse de l'être.

LA MÉTHODE.

Pourquoi était-elle malheureuse ?

L'Élève ( qui a vu. )
Parce qu'elle ne pouvait se consoler.

LA MÉTHODE.

De quoi?

L'Élève.

Du départ d'Ulysse.

LA MÉTHODE.

Que concluez-vous de tout cela?

L'Élève.


Que lorsqu'on est séparé de quelqu'un dont on regrette le départ, on est malheureux, et que lorsqu'on est immortel, on se trouve plus malheureux encore, parce qu'on n' aperçoit point le terme où finira ce malheur.

Ainsi, voilà un principe qui renverse d'un coup et de fond en comble tout le système de l'enseignement universitaire.

Comparons un moment la classe émancipée à la classe routinière, et remarquez bien que nous n'avons encore fait qu'un pas, et ce pas a suffi pour tout intervertir , pour nous placer dans un monde nouveau.

Dans chacune des deux classes je vois un maître ; mais leurs fonctions ne se ressemblent point. Les élèves des deux classes diffèrent aussi d'une manière essentielle.

Dans la classe universitaire, les élèves bâillent; le professeur pérore.

Dans la classe émancipée, les élèves parlent, pensent et agissent ; le maître examine et écoute.

Le professeur universitaire débite emphatiquement sa marchandise long-temps préparée à l'avance, à un auditoire dans lequel ne se trouve peut-être pas un chaland.

Le professeur émancipateur assiste à un marché dans lequel chacun apporte librement ses produits.

L'un dit à ses élèves : » Écoutez-moi bien, je vais vous dire ce qu'il vous faut dire, ce qu'il vous faut penser, ce qu'il vous faut faire. »
Et l'élève, s'en reposant entièrement sur lui, prend le parti de dormir, et fait bien.
L'autre se borne à dire : « Que dites-vous ?  Que pensez-vous? Que faites-vous? » Et il ajoute :
« Voyez! Que voyez-vous? » Et l'élève qui sait que s'il ne voit pas, personne n'est disposé à voir pour lui, l'élève, dis-je, regarde et voit, et dit ce qu'il a vu. Voilà donc d'un côté une classe vivante et animée, où chacun, ne comptant que sur soi, se dit : « Aide-toi, je t'aiderai. » D'autre part, une classe morte ou endormie qui ne parle pas, parce que le professeur parle tout seul, qui ne pense pas, parce qu'elle a là un professeur qui pense pour elle.






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