Benjamin Laroche: Méthode Jacotot en présence de l'Enseignement Universitaire -17 -

Publié le par Joseph Jacotot




L'enseignement universel, tel que je le conçois, tel que l'a conçu sans doute son généreux fondateur, n'admet ni punition, ni récompense.

L'élève qui sait éprouve une secrète satisfaction; il est content de lui, et voilà sa récompense.

L'élève qui ne sait pas se reproche son défaut d'attention ou de volonté, et voilà sa punition.

Quant à ceux qui ne se reprochent rien, qui n'ont ni entrailles, ni conscience, qu'ils quittent l'enseignement universel ; ils végéteront chez d'autres aussi bien que chez nous : ce n'est point pour eux que les méthodes doivent être faites.
Seulement ces élèves seront plus rares chez nous qu'ailleurs. L'exemple des autres opérera sur eux ; un beau jour, se levant tout à coup, ils se mettront en marche, et ne seront pas longtemps sans atteindre la tête de la colonne.
Ainsi, plus de ces concours fastueux auxquels le charlatanisme a plus de part que toute autre chose. Plus de ces couronnes qui n'honorent le vainqueur que pour humilier les vaincus. Que ces cérémonies vaniteuses soient remplacées par des solennités plus touchantes, et surtout plus utiles; qu'elles fassent place à des séances annuelles, dans lesquelles on rendrait compte de l'état de l'école, des succès obtenus, des résultats atteints, des obstacles contre lesquels il a fallu lutter ; que la séance se termine par des exercices sur les diverses branches d'enseignement, et auxquels prendraient part tous les élèves indistinctement. Ce compte moral et classique, rendu chaque année, contribuerait puissamment à avancer la science de l'éducation, et vaudrait bien sans doute ces triomphes de mauvais goût, ces ridicules ovations, plus propres à égarer la jeunesse qu'à lui donner l'amour du bien.


C'est aux institutions dirigées par l'enseignement universel qu'il appartient de donner ce salutaire exemple; et il sera donné si les propagateurs de la méthode sont fidèles à son esprit. Ainsi, amour éclairé des enfans, respect de la jeunesse, abolition de ces formes insolentes et pédantesques qui avilissent ceux qu'elles ne révoltent point ; la bienveillance et la tendresse substituées à ces moyens violens ; abnégation de toute supériorité relative; interdiction des punitions et des récompenses factices; le principe de l'émulation repoussé, et remplacé par l'attrait d'études faites librement, et sans autre stimulant que cette soif de connaître si naturelle à l'homme, et le plus heureux mobile qui puisse être donné à l'acquisition de la science : voilà les bases morales dont l'enseignement universel doit s'étayer; voilà ce qui doit le distinguer, non moins que ses moyens pratiques, de l'esprit oppresseur et tyrannique dont est de toutes parts empreint le système universitaire.

C'est par-là que nous terminerons ce tableau dans lequel nous avons essayé de mettre en présence les deux systèmes. C'est maintenant au public éclairé à prononcer en dernier ressort dans cette grande cause pendante à son tribunal.




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Luc 26/05/2009 22:32

Ici encore on voit bien pourquoi Joseph Jacotot veillait à toujours méler l'anecdote à la part théorique.Nombreux sont ceux qui ont emprunté les habits et le rituel (notamment la non punition et la non récompense) mais sans tenter de devenir l'accompagnant indispensable à cette pratique.Les dégats ont été ceux que l'on sait.En USA on parle des "enfants du docteur Spoke"en France on revient à "la prison pour enfants" et le reste ...Cette méthode est terriblement exigenteelle réclame plus que des connaissancesl'être qui leur donne un peu de vie

Joseph Jacotot 28/05/2009 09:59



Toute méthode court le danger de devenir un dogme


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