Benjamin Laroche: Méthode Jacotot en présence de l'Enseignement Universitaire -19

Publié le par Joseph Jacotot




Commençons par rendre intelligible ces mots d'Enseignement Universel et d'émancipation intellectuelle, que la critique affecte de ne pas comprendre. Elle prétend que la première appellation est à l'usage des profanes, et la seconde réservée aux seuls initiés. Il n'y a dans tout ceci : d'initiés , que ceux qui, faisant usage de leur bon sens, ont lu et compris ; de profanes, que ceux qui ne veulent pas comprendre.

Cependant ces deux appellations ont paru emphatiques et ambitieuses ; elles ne sont pourant que la simple expression d'un fait. Essayons de le prouver.

Qui n'a pas quelquefois gémi de l'ignorance dans laquelle végètent les dix-neuf vingtièmes de la race humaine ? Quel ami l'humanité n'a pas fait des vœux pour que le savoir ne fût pas le partage exclusif de la richesse et de l'aisance ; pour que la pauvreté elle-même en pût prendre sa part ?

M. Jacotot a éprouvé de bonne heure ce sentiment pénible et douloureux. Il à vu que le plus grand obstacle à la diffusion de l'instruction, c'était la pauvreté ; il a vu que la science ne pouvait s'acquérir qu'à prix d'argent, et, dans son amour de l'humanité, dans sa charitable philantropie, il a cherché un remède à un si grand mal.

Ce remède, il l'a trouvé dans l'affranchissement des peuples du joug des maîtres explicateurs. Il a vu que ce joug, loin d'être favorable à la diffusion de la science, était au contraire, après la pauvreté, le plus grand obstacle qu'elle eût à vaincre. Il a vu que les maîtres explicateurs n'étaient pas seulement inutiles, mais funestes; n'étaient pas seulement un mal négatif, mais Un fléau positif et évident. Il a vu dans la suppression de ce fléau un bénéfice clair et immense pour toute la classe pauvre, qui s'était jusqu'alors passée d'instruction, faute de moyens pour en faire les frais. Il a vu tout cela ; il s'en est assuré par des expériences répétées. Fort de sa conviction, il a dû proclamer cette importante vérité, et il l'a fait. -

II l'a fait avec courage, avec un noble et admirable désintéressement. Il a appelé
cette vérité bienfaisante émancipation intellectuelle.

- Qui osera dire qu'il a eu tort ? Qui-osera infirmer l'exactitude de cette appellation ?

Qui osera la regarder comme trop fastueuse, comme promettant plus qu'elle ne donne ?

Appelons les faits au secours des assertions ; car les faits parlent plus haut que tous les raisonnemens ; leur éloquence est invincible.




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Luc 24/06/2009 18:26

Proche d'un des sujets de philo du bac de cette annéel'éloquence des faitsbien plus haut que la trahison du langage* Oui Jacotot a voulu mettre le savoir à portée de tousIl gémirait en voyant le brouet infame que l'on fait ingurgiter aux petits d'homme._____________* trahison de la pensée par le langage

Joseph Jacotot 01/07/2009 18:51


merci d'avoir pris ce temps de lecture et de commentaire.