E.U. Langue Maternelle première deuxième et troisième leçon.

Publié le par Joseph Jacotot


Pages 11 à 16

De la lecture et de l'écriture

Première leçon.


On met sous les yeux de l'élève le premier livre de Télémaque.

On dit: Calypso

Calypso ne
Calypso ne pouvait
Calypso ne pouvait se consoler
Calypso ne pouvait se consoler du
Calypso ne pouvait se consoler du départ
Calypso ne pouvait se consoler du départ d' Ulysse.

L'élève répète.

On fait écrire cette phrase d'après un exemple en fin. On vérifie que l'élève distingue tous les mots, toutes les syllabes, toutes les lettres.
Prenez garde d'aller trop vite en commençant; retenez l'élève sur la première leçon jusqu'à ce qu'il la sache imperturbablement. Il y a pour lui tant d'acquisitions nouvelles à faire dans une seule phrase; il faut être si attentif pour ne rien confondre, et répéter si souvent pour ne rien oublier! Défiez-vous du préjugé que donne la science? Il nous semble que ce que nous savons ne doit pas être un fardeau pour la mémoire. D'un autre côté, ce qui ne se fait pas communément est tourné en dérision. Laissez rire de notre méthode par mots; ne perdez pas votre temps à attaquer ba be bi bo bu, et passez à la seconde leçon.

Je conseille aussi de faire écrire d'abord en fin. C'est là qu'on arrive péniblement par la vieille méthode. Les principes! Les principes ! vous crieront les traîneurs. Laissez-les dire; commencez par votre commencement à vous. Leur élève fera des pleins, de l'écriture en gros, de la moyenne; mais quand il aura long-temps écrit en fin, il faudra qu'il revienne aux principes oubliés depuis long-temps. Quel circuit! On vous dira encore: que faire des enfans s'ils s'instruisaient en si peu de temps? On me l'a dit à moi-même. J'ai renvoyé celui qui m'a fait cette objection aux personnes qui nient l'Enseignement universel. Qu'elles se disputent ou qu'elles s'accordent, cela ne vous regarde pas. Donnez votre seconde leçon.

Deuxième Leçon.

On fait répéter la première phrase, et on ajoute la seconde en suivant le même procédé.

L'élève répète et écrit.

On fait la vérification comme pour la première leçon.

Rien n'empêche de donner ces deux leçons en une; cela dépend de la volonté de l'élève : Labor improbus omnia vincit, dit-on dans nos écoles. Mais attendez un moment; car le professeur, inépuisable en citations, ajoute bientôt aussi gravement : Non datur omnibus adire Corinthum. Il ne se met point en peine de la contradiction manifeste dans les termes omnia et omnibus; et l'écolier se décide, comme de raison, pour la seconde proposition qui rassure sa paresse. Sans doute qu'en bonne rhétorique on explique tout cela à merveille; mais vous déraisonnerez si vous admettez les deux principes à la fois. Dites aux enfans, avec tout le monde : Labor improbus omnia vincit; mais ne leur dites pas le contraire , quoique tout le monde le dise.


Troisième Leçon.

On fait répéter, et on ajoute la troisième phrase.

L'élève répète et écrit depuis le commencement.

On vérifie en remarquant ce que l'élève a oublié pour le lui faire répéter.
Dès que l'élève a oublié quelque chose, notez-le pour le lui redemander. L'esprit ne s'apprend pas dit-on : si votre enfant a de l'esprit, il n'a pas besoin du vôtre; s'il n'en a pas, vous ne sauriez lui en donner. Mais la science s'apprend. Le maître doit donc s'occuper surtout d'enrichir la mémoire de ses élèves.

Ayez confiance dans leur esprit; mais vous ne vous défierez jamais trop de leur mémoire.

 

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le bateleur 10/12/2006 22:51

Phrase clé : "Ayez confiance dans leur esprit; mais vous ne vous défierez jamais trop de leur mémoire."L'un est un potentiell'autre est constitué notamment de plisc'est cette partie effectivement que l'adulte doit surveiller et faire travailler activement.

Joseph Jacotot 11/12/2006 14:44

Merci de ces précisions et de cette mise en relief de passages de l'ouvrage qui je n'en doute pas, seront accueillis avec plaisir par bien des lecteurs.

Le bateleur 10/12/2006 22:49

Joseph Jacotot renvoie avec finesse les deux méthodes de lectures dos à dospour les uns et les autres il y aura donc matière à trouver un appui dans ses textes, à condition d'en gommer soigneusement les parties qui gènentC'est ce qu'ont fait sans vergogne ceux qui se sont servi de l'auteur sans jamais souhaiter vraiment que ses textes soient diffusés largement.