Joseph Jacotot - E U - Mathématiques - introduction à l'ouvrage

Publié le par Joseph Jacotot

Lorsque vous recherchez (un papillon rarissime, une fleur d'une espèce réputée disparue, ou) un livre dont il vous n'avez pas lu la moindre ligne, mais qui, par le heureux hasard d'un rebond, vous a ouvert les yeux et vous permis de voir plus clair en vous, en votre pratique quotidienne jsuqu'à vous donner des clés de lecture d'un réel plus subtile que les rayons du soleil
et que soudain l'objet de votre convoitise apparait devant vous, offert par l'amitié en acte, capable de déméler jusqu'aux ombres

c'est le bonheur !

Un récent numéro du monde de l'éducation faisait l'éloge d'un monument de la pédagogie, en rupture avec cette défiance de l'homme envers l'homme, et jusqu'à la nature elle-même, qui voit l'école s'organiser autour de l'évaluation (le fameux socle commun est un nouveau prétexte) et de la mesure, abandonnant le lieu de ce merveilleux voyage que peut être pour l'enfant l'apprentissage (de la vie).

Cet éloge de Joseph Jacotot, s'est fait sans citer un seul de ses textes
(voir
L'homme qui a lu l'homme qui a lu l'homme qui a lu ... )

L'éternel "Maitre ignorant" de Jacques Rancière était cité par la revue
puis évoqué de "troisième main" par quelqu'un qui avait lu "l'homme qui avait lu..."

Bien évidemment le bouillon servi était alors moins que tiède.
C'est dire s'il est urgent de lire l'adversaire des "maitres explicateurs" dans ses propres mots
même si notre oeil marqué par le politiquement correct n'a plus trop l'habitude de tempérer l'excès des mots si courant dans la langue française non tenue en laisse par la "gente per bene".

Certains s'inquiètent peut-être ?
et si  le bateleur se mettait à donner des extraits de ce livre sur ce blog ...?

La réponse est simple, Jacotot était capable de parler de l'enseignement des mathématiques sans avoir à en manier les concepts
tout comme un bon critique littéraire est capable d'évoquer un roman qui l'a enthousiasmer
sans rien dire de l'histoire qui y est contée.

Je pourrais donc donner de larges passage de "L'enseignement universel - mathématiques" sans qu'il soit nécessaire de puiser (et d'épuiser) dans de lointain souvenirs scolaires

"Que ceux qui se croiraient sans intelligence se retirent !
L'orgueil qui se vante d'une prétendue supériorité naturelle,
et la paresse qui cherche une excuse dans une stupidité innée
n'ont rien à faire dans une école où l'on prend pour règle ce principe
"Tous les hommes ont une égale intelligence"*

Merveilleuse affirmation qui vaut largement celle que proclament les "Droits de l'Homme" et qui va de soi pour tous ceux qui se sont approché suffisamment de l'Autre pour voir à quel point il est proche d'eux-même.

Bien évidemment, la théorie de la supériorité innée des uns sur les autres, nécessaire à la théorie de l'évolution, rend une telle acceptation bien difficile pour tous ceux qui revendiquent de grands écarts de bien-être entre les hommes.


* On s'en doutera, la définition de Jacotot (pour l'intelligence) n'a rien à voir avec celle de Binet
"L'intelligence, c'est ce que mesure mon test !"

La plupart d'entre nous, s'ils prennent le temps de peser ce mot, devront reconnaître qu'ils adoptent spontanément une attitude paradoxale.

Ils concèdent qu'ils ne savent pas vraiment ce qu'est l'intelligence
et pourtant.
Ils sont persuadés que l'affirmation de Jacotot est fausse.


Ce noeud d'incohérence dans notre esprit vient bien de quelque part
...
c'est en fait le point crucial de la justification de bien des pratiques nivelantes et normalisante de nos écoles.

Remarque à ce propos : Deux personnes peuvent avoir à peu près la même somme en poche, mais dans des monnaies très différentes
C'est sur cette piste qu'il faut explorer la notion d'intelligence, notion complexe, multiforme et qui ne se satisfait pas d'une mesure en une dimension.

Ici ce joue tout l'écart entre les mots égalité et identité.

L'illusion que nous connaisson est due en grande partie à la sur-valorisation de certaines "monnaies" (rapidité, abstraction, ...) et la dévalorisation de celles dont notre civilisation pense avoir moins besoin. 

 

Commenter cet article