Joseph Jacotot - E U: Mathématiques (page 60b à 62a)

Publié le par Joseph Jacotot

         

  

 

-         Et tout cela en quelques mois ?
Cela ne se peut ; car je soutiens moi et je soutiendrai qu’il faut des explications et des explications d’explications.
Voilà ma tabatière, et il y a du tabac dedans ; ou bien voilà un livre et il y a des mathématiques dedans, c’est la même chose.
Vous voulez prendre du tabac ou bien vous voulez apprendre les mathématiques, c’est la même chose.
Je dis à l’élève : ouvrez la tabatière, ou bien ouvrez le livre, c’est la même chose.
Bien ! mon ami ; ça va bien ; vous avez des dispositions ; voilà déjà un grand pas de fait, voilà la tabatière ouverte.
Allons, continuons. Quand une fois on est parvenu à ouvrir ka tabatière, où se trouve le tabac, ou l’arithmétique, ou la grammaire ; peu importe ; voici ce qu’on fait : on écarte le pouce de l’index, ni trop ni trop peu, mais assez et de manière à les introduire dans la tabatière comme on se sert d’un compas dans la géométrie : c’est la même chose. Là, comme cela, voyez-vous mes doigts à deux lignes du tabac : un moment ; reposons-nous.
Comprenez-vous ? Allons, allons, il comprend, je ferai quelque chose de lui (je lui donne un petit soufflet d’amitié et je me remet en position dans la tabatière, puis j’ajoute) : regarder bien ; j’enfonce mes deux doigts dans la masse ni trop ni trop peu. Qui trop embrasse mal étreint.
J’enfonce comme cela, je rapproche le pouce de l’index et l’index du pouce tout à la fois ; il y a des explicateur qui disent que le pouce doit rester immobile et que c’est à l’index à marcher ; d’autres soutiennent que l’index ne bouge pas.
Tout cela ne vaut rien. La meilleure manière de prendre une prise de tabac, ou de mathématiques, c’est la même chose, c’est d’employer tous les moyens que nous avons, sous la direction d’ême chose, c’est d’employer tous les moyens que nous avons, sous la direction d’un bon maître.
Malheureusement il n’y en a pas beaucoup comme moi. Mais continuons ; marchons lestement. Voilà enfin la prise prise.
Cependant nous sommes encore loin du but. Quoique la prise soit prise, il n’y a encore rien de fait il faut la prendre. Le tabac n’a pas été fait pour rester dans les doigts ; mon petit. Quand il est pris, il faut le prendre, c’est-à-dire, il faut le sentir (vous comprendrez cela quand votre intelligence sera plus développée).
Ma femme faites le petit pour que le lieutenant voie la pratique ; allons, approchez votre nez ; je vous dis d’approcher votre nez ; pas tant, trop ; oh ! comme elle est gauche ! (n’expliquez donc rien !) la narine droite ! reniflez ! trop tard, ma femme ! la narine gauche ! eh ! trop tôt cette fois-ci ; allons, le grand coup ! tout le nez ! reniflez ! bah ! bah ! voilà tout le tabac par terre à présent.
Vous ne reniflez pas quand on vous le dit.
A nous deux, lieutenant. Vous allez voir, ma femme, recommençons.

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