Joseph Jacotot E. U. Langue Maternelle Dixième Leçon Ex. 8-1

Publié le par Joseph Jacotot


Pages 77 à 83



Huitième Exercice – 1



    Le maître donne  à faire des synonymes de mots.


AUGMENTER ET AJOUTER

    « Augmenter signifier rendre plus considérable : ajouter n’est autre chose que mettre après.
    « On dit : Augmenter ses possessions.
   « J’ai lu dans Fénelon : un roi qui ne fait la guerre que pour augmenter ses possessions, mérite de perdre ce qu’il possède.
    « On ajoute au poids de quelque chose. Pour un bon père, la seule espérance d’augmenter la fortune de ses enfans ajoute à son bonheur.

AUSTÉRITÉ ET SÉVÉRITÉ

    « L’austérité consiste dans la manière de vivre, et la sévérité dans celle de penser.
    «  L’homme austère est sobre, frugal et laborieux ; ennemi du faste et du luxe, il ne se pare que d’habits simples, ne se sert que de meubles grossiers, et, en un mot, ne souffre que ce qui est nécessaire aux véritables besoins.
    «  Celui  qui est sévère est rigoureux ; il désapprouve, blâme et condamne la plus petite faute. C’est, si je puis m’exprimer ainsi, un excès de vertu qui le guide et qui fait de lui la terreur et l’épouvante du coupable.

    «  L’austérité n’influe que sur soi-même ; mais la sévérité rejaillit sur soi et sur les autres.
    «  La sévérité effraie plutôt le méchant qu’elle ne le ramène vers le bien. »

SUITE, CONSÉQUENCES.

    Comme les suites les conséquences sont les choses qui suivent un fait; mais les suites en sont une prolongation, les conséquences en sont le résultat.

    « Plus les conséquences rejaillissent sur les autres, plus elles sont grandes. Ces effets désavantageux d’une action sont ordinairement les suites funestes d’une faute. Si cette faute cause le malheur, non seulement de celui qui l’a commise, mais encore de ceux qui n’y avaient aucune part, les conséquences en sont déplorables : il n’est peut-être plus temps de les réparer car les conséquences, parfois plus grandes que l’erreur, sont presque irréparables.

    «  Les suites sont tantôt avantageuses et tantôt défavorables : une action de vertu a d’heureuses suites ; les suites d’un crime sont d’une affreuse conséquence.
    «  Le mot conséquent exprime la qualité de celui dont la raison, considérant les suites de toutes ses entreprises, lui en fait prévoit les conséquences, et le rend assez conséquent pour agir en conséquence. »
 

MER, ONDES, VAGUES ET FLOTS

    « Les ondes sont les eaux de la mer ; les vagues sont les ondes agitées, les flots sont, pour ainsi dire, la forme des ondes.
    «  La mer mugit, les ondes s’irritent, les vagues s’entrechoquent, les flots se brisent, un vaisseau s’entrouvre, la nature pousse un cri, l’homme disparaît… ; le calme renaît, les ondes sont paisibles, les flots s’apaisent, les vagues imitent le repos de la nature, le souvenir seul parle de la mort.
    «  La vie est une mer, les événemens représentent les ondes, les flots sont l’emblème du sort, les vagues sont l’empire des circonstances, l’homme vogue sur un frêle esquif avec l’espérance, vers le port de l’éternité !
    «  Pourquoi tant d’imprudens périssent-ils au milieu des flots? Ils ont oublié qu’ils étaient en mer; ils se réveillent au bruit des flots irrités : ils ont disparu sous les vagues ! »

Le maître : Où avez-vous vu que l’austérité consiste dans la manière de vivre ?

L’élève : Fénelon fait la peinture de la manière de vivre de Philoclès dans l’Île de Samos, en ces termes : Hégésippe trouve le grotte vide et ouverte car la pauvreté et la


(page 81 absente)

L’élève : J’ai fait ces réflexions en lisant les phrases suivantes:

« Aceste nous demanda, d’un ton sévère… nous prenant pour des étrangers qui cachaient  leurs desseins etc. Cupidon n’osait approcher de Mentor dont la sévérité l’épouvantait. » Aceste avait une mauvaise opinion de Télémaque et de Mentor; c’était sa manière de penser à leur égard. La manière de penser de Mentor est bien connue d’après les conseils qu’il donne à Télémaque. J’ai remarqué que Fénelon appelle cette manière de penser sévérité, comme il appelle manière de vivre de Philoclès   austérité; et je l’ai dit.

    Ne perdez pas le temps à faire lire à vos élèves les ouvrages des autres. Exigez d’eux qu’ils fassent eux-mêmes et surtout qu’ils montrent dans leur Epitome ce qu’ils ont écrit. Vous savez que la répétition perpétuelle de ce qu’ils savent peut seule les conduire à ce résultat.

    L’abbé Girard a fait des synonymes : pourquoi n’en ferions-nous pas ?
Il a remarqué les différentes circonstances où les mots sont employés dans nos meilleurs écrivains, et il a dit les ressemblances et les différences.
    Je puis, comme lui, faire mes remarques, et, si je sais le français, je pourrai les communiquer aux Français. Si l’abbé Girard n’a pas suivi cette route, son livre est mauvais; il a inventé la signification des mots; il en a créé de nouvelles et je dois bien me garder de croire ce qu’il dit. Recommandez à vos élèves de se défier de cet esprit créateur. Point de génie! Regardons au contraire, regardons bien, afin de ne rien inventer, et disons ce que nous avons vu le plus exactement qu’il nous sera possible.

    Quoique l’abbé Girard soit un excellent auteur, ne vous en rapportez pas arbitrairement à lui sur la signification de tel ou tel mot.

 Personne ne doit voir pour votre élève.

    Il faut simplement citer l’abbé Girard comme un modèle de patience et d’attention. Il ne faut pas même que votre élève vous croie sur parole; il faut qu’il vérifie par lui-même si les éloges que vous donnez à l’écrivain sont fondés. Vous ferez donc « vérifier » quelques synonymes dans Télémaque. Tout est dans tout.




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