Joseph Jacotot E U : Mathématiques - EXTRAITS du rapport sur la méthode de M. Jacotot, présentés au département de l’intérieur, le 8 septembre 1826, par M. J. Kinker.

Publié le par Joseph Jacotot

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« Après avoir examiné avec l’attention la plus scrupuleuse, dans les écoles désignées, aussi bien le caractère de cette méthode, que les résultats que l’on y a obtenus en l’employant, ce caractère et ces résultats m’ont paru trop importans pour que je ne me crusse pas obligé de témoigner qu’elle mérite entièrement l’attention que Sa Majesté, notre auguste Monarque, a bien voulu fixer sur elle, et qu’elle est, sous tous les rapports, digne des recherches ultérieures des savans, auxquels leur impartialité et leurs vues élevées donnent le droit de juger une expérience nouvelle faite sur l’esprit humain. Elle m’a paru plus propre qu’aucune autre méthode pour faire faire aux élèves, en un espace de temps bien plus court que celui que l’on emploie ordinairement dans la plupart des objets des connaissances humaines, des progrès frappans, et qui paraîtraient tenir du prodige, si la nature même de cette enseignement n’expliquait cette marche rapide. »

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« En voilà assez sur la nature, la nouveauté et la tendance de cette méthode. En elle-même, et considérée sous le point de vue sous lequel j’ai jugé le plus à propos de la présenter, elle est déjà fort recommandable ; mais on la jugera encore plus digne d’encouragement, si l’on jette les yeux sur les progrès faits par les nombreux élèves de l’établissement de M. Deschuyffeleer , et de celui de mademoiselle Marcélis (où 50 à 60 jeunes demoiselles sont instruites de la même manière), ainsi que par plusieurs enfans qui s’appliquent dans la maison paternelle à l’une ou l’autre branche, dans le court espace d’une à deux années, et quelques uns en 8, 9 et 10 mois, en grec, en latin, en hollandais, en français, en mathématiques en musique et en peinture. Ils improvisaient et exécutaient des compositions sur des sujets de mon choix ; ils improvisaient et exécutaient des compositions musicales sur des couplets hollandais de mon choix, et cela avec une habileté et une justesse d’expression qui, joints au court espace de temps pendant lequel ils avaient étudié et à l’âge de 10, 11, 12 ans des élèves, ne me permettaient pas d’attribuer ces progrès à une autre cause qu’à cette espèce d’enseignement par soi-même ... » 

« De tout ce que j’ai dit, je crois pouvoir conclure qu’aucune branche d’étude n’est exclue de la méthode ; et pour ces raisons, je pense qu’il est difficile de déterminer à quelles branches d’études l’enseignement universel est surtout applicable. En effet, par sa nature et son caractère, il doit s’appliquer à toutes. Il est d’autant plus embarrassant de déterminer ces branches, que j’ai remarqué dans plusieurs branches tout à fait différentes, des progrès qui contrebalancent presque, non seulement dans les institutions qui sont sous la surveillance de M. Deschuyffeleer et de mademoiselle Marcelis, dirigées toutes deux spécialement par M. Jacotot, mais encore dans d’autres institutions où l’on suit bien la méthode, mais qui ne sont pas visités par M. Jacotot. Ainsi chez M. Defaqz, à Bruxelles, comme chez M. Deschuyffeleer, à Louvain, on n’enseigne pas seulement le latin, le grec, le hollandais, le français, mais encore le dessin et la peinture, et les progrès que les élèves ont fait dans ce dernier art, paraissent presque prodigieux, si on prend en considération le peut de temps qu’ils ont eu pour s’exercer. Jules de Meulenmeester, de Gand, qui savait desseiner, mais qui n’avait encore jamais tenu un pinceau, a peint, après trois mois, un tableau représentant l’hiver, qui, pour autant qu’il m’est permis d’en juger, porte toutes les caractéristique d’un talent plus qu’ordinaire ; Vermeulen, élève pur de l’enseignement universel, c’est-à-dire, qui a commencé d’après la méthode, sans avoir appris d’une autre manière d’enseigner, a peint, après neuf mois, un grand paysage, qui, à mon avis, mérite encore plus d’éloges ; plusieurs autres ne se sont pas moins distingués. Des jeunes gens, ou plutôt des enfans de 10 à 11 ans, Liégois de naissance, qui, au milieu de plusieurs autres exercices littéraires, on étudié pendant une année le hollandais, sous la direction de M. Wurth, en savaient autant sur cette langue qu’on aurait à peine pu en attendre après deux ans d’étude, même s’ils s’étaient appliqués exclusivement dans la langue hollandaise. C’est d’après la même méthode que M. le capitaine Bouhtay à Namur, enseigne le hollandais à des soldats wallons et aux élèves de l’enseignement mutuel établi en cette ville ; et d’après des données impartiales, que je me suis procurées relativement à cet objet, les résultats obtenus là sur un grand nombre d’élèves ne sont pas moins satisfaisans. Enfin, M. De Séprez, dans son institution à Anvers, où toutes les parties ci-dessus sont mentionnées, mais surtout les mathématiques, sont enseignées rigoureusement d’après les principes de l’enseignement universel, à également obtenu des résultats brillans. »


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