Joseph jacotot E. U. Langue Maternelle Quatorzième Leçon - 2

Publié le par Joseph Jacotot



Pages 133 à 136

Quatorzième Leçon - Deuxième partie


    J’ai dit, quelque part, que les exercices dont je fais mention ne sont rapportés que comme exemple. Ces leçons ne sont pas des préceptes mais des modèles. On n’est pas tenu de les suivre exactement; on peut en intervertir l’ordre, les varier à l’infini. L’ensemble des leçons sert à faire voir en général la marche que nous avons réellement suivie; car j’ai omis beaucoup de détails.        
    Nous avons proposé plusieurs autres sujets à traiter pendant le cours des leçons; vous verrez bien l’ordre qu’il faut suivre en les proposant.

Mentor dit à Télémaque : «  Ne parlez jamais par vanité. » Il ne développe pas cette pensée, développez-là.

Trouver des sujets de composition.


SIMPLICITÉ ET MAJESTÉ

    La simplicité est l’absence de tout ornement étranger ou superflu. C’est la nature seule, sans le secours de l’art, quelquefois aimable et gracieuse, quelquefois sublime et majestueuse. La majesté, c’est un air imposant qui imprime le respect et qui se montre dans ce qui est grand, élevé, noble, sublime et simple. La simplicité est ennemie de toute affectation et, par conséquent, est naturelle ; il ne suit pourtant aps de cela que le naturel soit toujours simple. La majesté, qui souvent se fait voir dans ce qui est beau, est plus sublime dans la simplicité que dans la magnificence; il est cependant de la simplicité sans majesté.
    Le printemps, fixant son séjour dans les campagnes, au milieu des vertes prairies émaillées de fleurs, orne la nature des grâces simples qu’il fait naître.
Les tempêtes, agitant l’Océan dans ses noirs abîmes, excitant les ondes en fureur, et couvrant le ciel d’une sombre nuit, offrent la nature dans toute sa majesté.

    Ceux qui, élevés au plus haut rang parmi les hommes, représentent la divinité sur terre, portent, empreinte sur leurs personnes, une majesté qui imprime aux peuples le respect de celui qui doit soutenir les lois. Cette majesté tire sa principale force de la vertu qui ennoblit, de son caractère auguste, le front de celui qu’elle décore. Ce n’est point la pourpre royale, ce ne sont pas ces gardes, ces officiers, ce diadème, qui attirent à ce bon roi la vénération de ses peuples; c’est la noblesse et la pureté de son âme qui montrent, dans toutes ses actions, leur simplicité majestueuse.
La majesté simple est comme la beauté accompagnée des grâces.

LA PENSÉE

    Cette fleur porte le nom de l’heureuse faculté intellectuelle dont elle est l’emblême.
    Ses vives couleurs la distingueraient et la feraient remarquer partout où elle se trouve si le peu d’élévation de sa tige ne la dérobait souvent aux regards.
Agréable comme les souvenirs dont elle retrace l’image, elle se multiplie et croît dans presque toutes les saisons, sans exiger aucun soin. Semblable aux pensées de l’esprit, elle se renouvelle sans cesse avec profusion. Elle serait le luxe de nos jardins si elle était moins commune. Ces fleurs ne se flétrissent pas à un temps marqué : on en voit qui sont séchées quand les arbres ne font qu’éclore. Que de pensées cette remarque ne peut-elle pas faire naître ! C’est  ainsi que nos plus belles pensées, se multipliant à l’infini, disparaissent comme un beau songe, et, en se dissipant, ravissent au cœur l’espérance qui les avait nourries.


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