Joseph Jacotot E. U. Langue Maternelle Quatorzième Leçon - 3

Publié le par Joseph Jacotot




Pages 137 à 141

Quatorzième leçon - Troisième partie

 

L’ode, la poésie descriptive, la comédie, la tragédie etc., tous les sujets de littérature : dire ce que c’est. Il suffit pour cela de regarder et de savoir le français; j’en ai la preuve : faites l’expérience, et vous verrez.

Un objet quelconque : une fleur, un miroir, le serin, le chat etc; bien entendu que, s’il s’agit d’une fleur, par exemple, l’élève ne parlera ni de pétales ni de corolle ; il sait bien ce que c’est ; mais il n’en connaît pas le nom. Qu’importe, il tirera ses termes et ses expressions de la langue commune, jusqu’à ce qu’il sache les langues particulières qu’elle contient. Il y a dans une langue une infinité de langues particulières, même en littérature. Il y a la langue du barreau, celle de la chaire etc., ainsi de suite pour tous les genres. Il y a la langue de l’ode, celle de la tragédie, de la comédie, de la prose dans tel cas, de la prose dans tel autre. Le génie ne peut rien deviner de tout cela; et voilà pourquoi tel homme, qui n’en sait qu’une, parle mal toutes les autres, quel que soit son génie. Tel autre en sait deux ou trois et passe pour un génie universel. On oublie qu’il ignorait la langue de l’ode et celle des comédies etc.; car il avait assez de génie : ce sont les signes qu’il ne connaissait pas. 

    L’erreur vient de ce qu’on étudie les langues comme si elles n’étaient qu’un recueil de mots : on croit qu’on possède la langue, et l’on n’est encore nulle part. Peut-on savoir toute une langue ? Non, par la raison que je viens de dire. Cette raison est-elle bonne ? Je le crois et je vous conseille d’étudier d’après cette supposition.

APOLLON

    «  Le premier sentiment qu’inspire cette superbe tête est l’admiration. On a peine à comprendre que la nature, quoique si belle, produisit jamais un tel chef-d’œuvre de perfection. Je ne crains pas de dire perfection ; tout y est, du moins aux yeux des hommes. La justesse de proportions, la grâce des contours, la finesse, le moelleux, la délicatesse des traits, tout s’y trouve réuni dans le plus admirable ensemble. Ce qui frappe surtout dans cette tête, dont la position même est à la fois si naturelle et si noble, c’est l’expression de la figure. On voit sur cette bouche entr’ouverte, dont la lèvre est un peu relevée, ce sourire de dédain qu’éprouve le dieu du jour, à la vue du serpent audacieux qu’une de ses flèches va percer. Comme le regard de cet œil fixe bien le mépris que lui inspire l’impuissance du reptile qui ose le braver, comme la tranquillité de ce visage si beau montre le calme et l’assurance de son cœur ! Il ne craint pas le monstre qu’il va punir !… Jusque dans l’arrangement négligé, mais gracieux, de ces cheveux flottans, jusque sur ce front découvert et majestueux, on aperçoit la sérénité et le repos de son  âme. Un je ne sais quoi de doux, de mâle, d’énergique, d’élevé, donne à ce visage quelque chose de grand et de sublime, qu’on ne trouve point dans le commun des hommes et qui semble ne pouvoir jamais appartenir à leur nature. Enfin… c’est un dieu »

Synonymes de pensées.
Les moindres retardemens irritent son naturel ardent.
Réfléchissez : la moindre résistance enflamme sa colère.

Faire une pensée sur une pensée.
Dieu donne aux rois, quand il lui plait, de grandes et terribles leçons, a dit Bossuet.
Réflechissez : les révolutions donnent aux peuples de terribles, mais d’inutiles leçons.
L’esprit est souvent la dupe du cœur, a dit La Rochefoucault.
Réfléchissez : le cœur est souvent la dupe de l’esprit.
   
    Bien entendu que l’élève doit toujours montrer le fait que lui a inspiré cette réflexion; autrement il est sorti de l’Enseignement universel. Il travaille de génie, c’est à dire à tâtons et en aveugle : il n’est sûr de rien.

Madame de Sévigné savait : Après la pluie vient le beau temps; et elle a dit : Après la pluie vient la pluie. Voilà un exemple : il y en a une infinité d’autres.


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