Lettre au roi le 22 Mai 1827

Publié le par Joseph Jacotot

Sire !

 D’après l’autorisation de Votre Majesté, Son Altesse Royale, Le Prince Frédéric a daigné m’engager à instruire dans la méthode de l’enseignement universel des officiers des divers corps de l’armée réunis en école normale à Louvain.

J’ai fait tous les efforts pour remplir les intentions de Votre Majesté ; j’ai eu soin de faire connaître à Son Altesse Royale, le Prince Frédéric, que l’on suscite, de toute part, des obstacles au succès de cette entreprise que Votre Majesté a cru utile d’ordonné pour l’instruction de l’armée. Malheureusement, Son Altesse Royale est absente et les obstacles renaissent perpétuellement. Je me vois donc obligé, pour remplir un devoir que je regarde comme sacré, de déclarer respectueusement à Votre Majesté, Elle-même, que, d’après les moyens mis à ma disposition, les officiers confiés à mes soins sont suffisamment instruits dans la méthode, mais que je regarde comme impossible l’application de l’enseignement universel dans l’armée, d’après l’état actuel de l’organisation de l’instruction militaire.

J’ai eu l’honneur d’écrire à Son Altesse Royale que j’étais prêt à lui communiquer les raisons qui me forcent à penser ainsi, mais que, comme ces explications sont de nature à ne pouvoir pas être exposées par écrit, je suppliais Son Altesse Royale de me permettre de les lui communiquer de vive voix et que j’attendais à cet égard les ordres de Son Altesse Royale.

Je ne puis donc, pour le moment, déposer mes inquiétudes que dans le sein paternel de Votre Majesté. Il serait pourtant si facile de réussir ! Il ne faut qu’un seul mot de Votre Majesté et l’établissement de l’enseignement universel, tant dans le civil que dans le militaire, sans bouleversement et sans frais, sera un nouveau miracle aussi extraordinaire, et pourtant aussi simple, que tous les prétendus miracles de l’enseignement unversel.


J’ai l’honneur etc.


Louvain le 22 Mai 1827


Commenter cet article