Joseph Jacotot E. U. Langue Maternelle Histoire - fin

Publié le par Joseph Jacotot





Pages 176 à 177


DE L'HISTOIRE

Dernière partie


    C’est à vous que je m’adresse, à vous qui, comme moi, travaillez pour vivre.
Le chemin de l’instruction n’est pas le chemin de la fortune ; je le connais aussi, et ce n’est pas par bêtise que je ne l’ai pas pris. On le prend quand on veut ; mais on n’y voyage pas toujours de bonne compagnie. La jalousie est mère des meurtres.

Xème Fait.
    Durant tout ce temps, il y eut beaucoup de grands hommes parmi lesquels il se mêle beaucoup d’extravagans à qui on ne laisse pas de donner le nom de philosophes, dit l’historien.
    Tel de ces philosophes que Bossuet appelle grands hommes fut chassé d’Athènes comme athée.
Faites attention à toutes ces sectes différentes. On change sans cesse, e sempre bene, à entendre ceux qui adoptent le changement.

    Hippocrate était observateur; il faisait de l’Enseignement universel; il partait des faits. On nie aujourd’hui plusieurs faits avancés par Hippocrate. Ainsi a-t-on cru long-temps à des faits faux, ou bien on conteste à présent des vérités palpables. Voilà le cercle vicieux dont l’espèce ne sort pas. Mais, pourvu que quelques-uns des faits avancés par Hippocrate soient vrais, il a rendu un grand service; il a montré la vraie route : il est le père de la médecine.

    Suivez l’exemple d’Hippocrate; attachez vous aux faits, vous ferez de la rhétorique  après.  Qu’elle soit bonne ou mauvaise, cela n’a pas d’inconvéniens; mais n’imitez pas les orateurs médecins; ne vous laissez pas éblouir par les artifices oratoires de ces grands écrivains.

    De nos jours, Monsieur Broussais a appris au monde un fait nouveau : on a nié le fait; puis on a suivi le vieil  exemple des détracteurs de la vaccine; on a discuté, les uns gravement, les autres avec fureur; un a écrit pour savoir si le fait pouvait être vrai. Cependant, si le fait est vrai, nous ne remercierons jamais assez M. Broussais; et si le fait est faux, il ne vaut pas le temps que l’on perd à disputer et faire des phrases sur rien. Voilà qui est évident : mais on ne peut pas changer l’usage.

    Il n’y a pas de corporation qui se soit jamais prononcée sur un fait nouveau dans les sciences. Cela n’est pas de leur compétence. Nec probatis, nec improbatis. Voilà la langue des corporations. Cela ne dit pas grand chose-mais c’est la langue des corporations. Pour apprendre cette langue, il ne faut pas de maître : Maelzel suffit.



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