Joseph Jacotot - E. U. Langue Maternelle : Géographie - 3

Publié le par Joseph Jacotot





Pages 186 à 188



DE LA GÉOGRAPHIE
Troisième partie





    Prenez garde, je vous en prie, faites attention que tout ce que vous venez de lire est imprimé en caractères d’imprimerie, et faites, je vous en conjure, faites, pour moi comme avec mes antagonistes, soyez équitables : tenez entre nous une exacte balance ; dites moi ce que vous avez dit des autres : Il faudrait que cet homme, qui signe, eût une impudence rare pour avancer ainsi un fait faux !


    Vous voyez que je fais aussi ma petite rhétorique, et je pré-juge qu’elle embarrassera plus d’un lecteur.

    Profitons de cette divagation pour vous faire observer, mes chers élèves, que Tout est dans tout.  Ce qui nous arrive en ce moment est un fait aussi ancien que le monde. Vous voyez bien que l’étude de mon livre est, dans ce sens, aussi profitable que la lecture d’aucun autre.

    Voici un singulier problème : que le genre humain, qu’une assemblée quelconque n’ait point de volonté, je le conçois maintenant, dites-vous.
Mais que tant d’individus semblent déraisonner, sans s’en apercevoir, je ne puis le comprendre et je suis parfois tenté de croire que c’est vous le menteur. Il vaut mieux au bout du compte, croire que vous êtes fou, que d’accuser les gens de folie.  Pereat unus. La raison publique est ma suprême loi.

    Vous ne faites pas attention que je n’ai jamais dit que les autres ne savent pas raisonner ; je dis qu’ils déraisonnent volontairement, comme moi quand je bats la campagne, par orgueil, par passion, par préjugé, par mauvaise foi.

    L’homme ne se trompe jamais, surtout quand il s’agit de faire le mal et de nuire. Le duc d’Albe ne se trompait point, il savait bien qu’il faisait tomber la tête d’un innocent illustre, respecté de ses concitoyens ; ceux qui, dans le temps, ne parlaient de ses atrocités qu’avec calme étaient ses sicaires, et ne se trompaient point ou étaient des lâches qui n’étaient point trompés.

On ne se trompe jamais quand on fait le mal, ni quand on calomnie,
 autrement, il n’y aurait point de conscience.

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