Joseph Jacotot - E. U. Langue Maternelle : DE LA CHRONOLOGIE - 3

Publié le par Joseph Jacotot






Page 201 à 204


DE LA CHRONOLOGIE
Troisième et dernière partie




    Si un journaliste étranger lisait ceci, par le plus grand hasard du monde, je ne doute pas qu’il se dit à lui-même : «  Mais que signifie tout cet étalage ? On  n’a jamais entendu parler de cela. Faut-il donc envoyer nos enfans à Louvain, à Tirlemont, à Anvers ou à Bruxelles pour les instruire ? N’y a-t-il, dans le monde littéraire, que la Belgique qui possède ce secret merveilleux ? Si je parlais de cette folie dans ma feuille, cela ferait toujours un petit article, et ils sont si rares ! J’écrirai pour prendre des informations. »
    Il écrit, et on lui répond que le fait est faux ; il écrit à un autre qui lui dit que le fait est vrai. Dans cette perplexité, que faire ? Dans le doute, abstiens-toi. Et il s’abstient.


    Mais, quant à moi, je prends, comme vous le voyez, mes précautions contre toutes les objections que l’on pourrait vous faire.

    On vous dira, quand vous vous plaindrez de ceux qui vous calomnieront : que tout le monde a ses défauts ; qu’il faut savoir se supporter les uns les autres ; que votre méthode n’est pas sans inconvénient ; que vous voyez la paille dans l’œil d’autrui sans voir la poutre qui est dans le vôtre.

    Répondez à celui qui vous parle ainsi, en traduisant sa parabole : Vous êtes bien patient pour les maux que vous ne souffrez pas ; on ne sent pas la poutre dans l’œil d’autrui ; mais on sent bien la paille qu’on a dans le sien. Remerciez pourtant du conseil, car il est bon quoique intempestif et mal adressé.

    Guérissez-vous, à ce sujet, si vous le pouvez, d’un préjugé presque universel. Si un homme ne prêche pas d’exemple, on n’écoute pas ce qu’il dit. On fait déprendre la vérité de tout ce qui n’est pas elle. Si un calomniateur disait devant vous qu’il ne faut pas calomnier, je crois que nous serions assez sots pour ne pas le croire. Je parie que quelqu’un en lisant ceci dira : Quel ennui ! Tout cela doit être faux.

    Vous vous trompez, répondrai-je, je voulais prouver qu’on ne s’amuse pas en s’instruisant : n’ai-je pas bien réussi ?


    Ne croyez pas que tout cela soit aussi inutile qu’il paraît aux savans. C’est la route de l’Enseignement universel ; commençons par être raisonnables, c’est le plus difficile : le reste est un jeu.

    Voici, par exemple, qui est difficile : on va se moquer de vous comme de moi. Ils n’ont pas de prétention à l’esprit, à ce qu’ils disent ; mais à les entendre, ajoutera-t-on, ils sont les raisonnables par excellence ! Supporterez-vous bien ce sarcasme ? Aurez-vous l’audace d’avouer la raison ? Ne la renierez-vous pas ? Si vous avez cette fausse honte, vous ne ferez pas moins des progrès rapides ; mais vous n’irez jamais si loin que je l’espérais. Vous toucherez en un instant le but qu’on se propose par la vieille méthode ; mais on n’est pas fort loin quand on est arrivé au point où elle nous conduit.

La chronologie n’est pas si difficile à apprendre. Répétez sans cesse quelques époques, vous remplirez peu à peu les intervalles en lisant l’histoire.


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