EXEMPLES DE MAUVAIS RAISONNEMENS (III)

Publié le par Joseph Jacotot

On me dit qu’on ne peut pas établir l’enseignement universel avec un individu de cet acabit. Je ne répondrai point que cet acabit n’est pas si mauvais que les prétendus insultés qui voudraient le faire croire ; ce serait une discussion à ne plus finir. Je dirai tout bonnement : laissez l’acabit sans son coin ; il dit qu’il ne demande pas mieux, prenez le au mot pour vous venger. Mais « le petit écrit toujours mieux que moi » voilà ce qui m’occupe.

Les prétentions, l’ambition, l’irascibilité de l’acabit me paraissent n’avoir aucun rapport avec « le petit ».

On me dit que, dans aucun ordre social, on ne pourra jamais établir l’enseignement universel même sans l’individu. Tout serait troublé, renversé, supprimé ; les explicateurs honnis, les inspecteurs, etc. ; etc.

Je ne répondrais que l’individu prétend que non ; je verrais bien que c’est une nouvelle manière de changer la question, et que le parti du déraisonneur est pris.

Je ne répondrais qu’il dit précisément ce que le fondateur a annoncé par avance :

« On ne peut pas établir l’enseignement universel pur dans l’ordre social, mais on peut rendre les écoles qui existent mille fois plus utiles. »

Je n’entamerais point cette nouvelle discussion collatérale. Je dirais :

« Laissez l’autorité décider de ces questions, moi je suis père de famille et je pense toujours au petit qui écrit si bien. »

On me dit que je fais bien le fier avec mes faits et avec mon petit qui écrit si bien ; qu’il y a beaucoup de petits qui écrivent très mal ; que cette méthode n’apprend pas les principes ; que les bons résultats sont très rares et qu’ils laissent beaucoup à désirer, etc. ; etc.

Je répondrais cette fois :

« Vous avez raison, cela s’appelle parler. Le fait ne vaut rien et il ne vous en faut pas, rien de plus juste. Voyez combien de temps nous avons perdu à dire des bêtises ! Nous sommes tous deux capables de juger, vous pour vous et moi pour moi. Ne faites pas de l’enseignement universel, j’y consens, cela ne me fâchera pas. Si vous vouliez être assez bon pour me permettre d’en faire. »

Vous froncez le sourcil !

- Un maniaque !

- Comment ? Vous avez une bonne raison ? Le fait est faux, tenez-vous en là ! Ou bien vous déraisonnerez.
Pourquoi vous donnez tant de peine pour dire des sottises ; voyez comme ce travail d’esprit vous échauffe, il est facile d’avoir le sens commun et vous suez !

Quiconque sue en discutant doit craindre de déraisonner.

Voilà ce que je répondrais à ce qu’on dit.

- Mais les grands hommes de notre pays pensent.

- Vous aller citer. Je me tais. Et je me tairais ; il n’y a pas de gloire à vaincre un grand homme qui discute par la bouche d’un petit homme. Si Cleinars était là, passe encore, mais le citateur !!!

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