Joseph Jacotot - E. U. Langue Maternelle : DIFFÉRENCE DES TROIS GENRES -1

Publié le par Joseph Jacotot





Pages 296 à 298

DIFFÉRENCE DES TROIS GENRES
Première partie




    L’improvisation Italienne est un amusement sans intérêt,sans aucune utilité réelle. Qu’importe, en effet, que l’on sache improviser en vers sur un sujet quelconque ? Ceux qui ont un goût décidé pour cet exercice n’ont pas besoin de règles, et, quand on se fait un état de ce talent, ce que l’inclination a commencé par hasard se trouve bientôt perfectionné par la nécessité de vivre.

    Ceux qui n’ont qu’une envie passagère, une simple curiosité de savoir comment la méthode s’appliquerait à cette espèce d’improvisation ; ceux-là ont besoin de guides et de soutiens dans leur entreprise. En général, notre méthode n’est pas nécessaire à ceux qui veulent fortement et toujours, comme à ceux qui ne veulent pas du tout ; notre méthode, comme toutes les méthodes, n’est bonne que pour la masse qui va comme on la fait aller. Nous encourageons nos élèves : que pouvait faire de plus le maître de Cicéron ?

    J’ai dit qu’il fallait savoir se vaincre soi-même. Mais personne ne doute de cette vérité et tout le monde sait comme moi que, quand on a peur, on ne peut pas improviser. J’ajoute que nous avons tous la faculté d’être maîtres de nous. On en convient. Mais on s’étonne que j’appelle enseignement l’exposé de ces vérités incontestables et incontestées. On s’est indigné dans la Belgique qu’un étranger, sans mission, vint faire la leçon à tout un peuple, et lui imposer une nouvelle croyance. Je pense que cette erreur a été une des causes de tous les sarcasmes et de toutes les calomnies dont on a voulu m’accabler. On voit, par ce qui précède, que je ne veux régenter personne : je veux aider les ignorans, et les savans se jettent entre eux et moi avec une espèce de fureur. Je ne parle à aucun peuple, je parle à tout homme qui veut m’entendre : qu’il soit Belge, Anglais ou Français, il est homme ; et, s’il a besoin de moi, cela me suffit. Je lui dirai ce qu’il faut faire pour improviser dans une langue, quoique je ne la connaisse point.

    Après avoir fait l’épreuve de son courage à vaincre une fausse honte, après m’être assuré de sa docilité, je lui dirai : Apprenez un chant d’un poème de votre pays ; essayez de raconter les autres ; faites tous ces exercices avec les réflexions que vous avez lues plus haut. Vous verrez que l’on est musicien quand on sait six sonates et qu’on les comprend, on est poète quand on sait un chant d’Homère et qu’on le comprend, c’est-à-dire, quand on a vérifié que tout y est. L’expérience se fait au moment où j’écris. Si elle ne réussit pas, j’en instruirai les maîtres de l’Enseignement universel, afin qu’ils ne perdent pas leur temps dans des essais inutiles.




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