Joseph Jacotot - E. U. langue maternelle : DE L'ÉLOQUENCE DU BARREAU - 3

Publié le par Joseph Jacotot








Pages 375 à 377




DE L'ÉLOQUENCE DU BARREAU
Troisième partie




L'avocat est, dans la société, un citoyen chargé d'une mission honorable. Le poste éminent qu'il occupe par ses talens et sa probité appelle sur lui les regards de la multitude. Il est le défenseur
de tous ceux qui ont besoin de protection dans le malheur; il n'est jamais chargé d'accuser ni de poursuivre: ses fonctions sont un patronage.

La société lui permet de nous défendre contre elle-même et ses plus augustes agens; noyés dans un déluge de lois, nous ignorons souvent nos devoirs; et quand la société veut punir notre ignorance, c'est pour nous sauver de ses rigueurs que l'avocat s'applique à débrouiller un chaos où nous ne pourrions que nous égarer. C'est pour apprendre à excuser nos fautes, à justifier nos intentions, qu'il veille et se livre sans relâche à une étude laborieuse. C'est le seul intercesseur qui nous reste dans les momens où la société irritée s'arme tout entière contre un seul homme. Il est le consolateur et le conseiller de l'accusé. Le malheureux, séparé du reste des hommes, ne trouve plus d'appui que dans l'avocat qui représente lui seul toute sa famille éplorée, qui recueille ses craintes et ses esprances. A qui se confier dans une position où tout nous abandonne?


Le pauvre, dont la pauvreté aggrave encore le malheur, n'a pas même quelquefois la ressource de choisir lui-même son défenseur; la société lui en désigne un; et, quoiqu'elle le choisisse au hasard, dans une corporation nombreuse, cet ordre est toujours composé d'hommes honnêtes, et le hasard même n'y peut trouver que zèle, honneur, dévouement et discrétion.


C'est peut-être le seul corps dans la société où la trahison soit sans exemple. Aucune considération ne détourne l'avocat du sentier de l'honneur; dans les momens les plus difficiles, quand la société parait décidée d'avance à condamner, et qu'elle fait un crime à l'avocat de l'accomplissement d'un devoir sacré, on en a rarement vu refuser le poste d'honneur: jamais, et ce spectacle fait honneur à l'humanité, jamais un seul ne s'est lâchement rendu le ministre ni le complice des fureurs de la société, prête à se renverser de ses propres mains, en violant les promesses les plus sacrées.

L'honneur des avocats est peut-être le seul honneur pur et sans tache sur toute la terre. Partout on trouve de la sincérité et du mensonge, de la fidélité et de la perfidie; mais voilà tout un ordre, dispersé en tous lieux en corporations, où la trahison est inconnue. C'est sa nature. Tel homme aurait une faiblesse, et se laisserait aller à une mauvaise action, qui en devient incapable dans l'exercice de ses fonctions comme avocat.


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