Joseph Jacotot - E. U. Langue Maternelle : DE L' ELOQUENCE DU BARREAU - 4 / 2

Publié le par Joseph Jacotot



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Pages 384 à 386




DE L'ÉLOQUENCE DU BARREAU
Quatrième partie - 2



2° Exorde. Je remarque l'expression former une union; je me représente Cochin à la barre; je juge, d'après la connaissance des faits, quel était le sentiment de l'orateur; je devine son intention en employant cette expression plutôt qu'un autre synonyme; ce signe arbitraire, union, me parait bien choisi pour inspirer de l'intérêt, et pour déterminer les juges à maintenir le mariage; former une union me semble une comparaison choisie entre mille autres, pour peindre un choix libre et spontané, et réfléchi; former est un mot que je n'entends point dans la conversation familière, et je forme le projet de le faire entrer dans ma langue d'improvisation.


Si je fais toutes ces réflexions, me voilà devenu riche de deux mots; je les savais par coeur mais ils n'étaient point à moi: c'était Cochin que je récitais. Maintenant, je viens de les approprier à mon usage; ils sont devenus, séparés ou réunis, les signes de mes pensées et de mes sentimens: désormais, dans mes répétitions journalières, je ne saurais prononcer cet exorde sans réveiller en moi toutes les idées que j'y attache; et si, dans une circonstance particulière et analogue, j'éprouvais le même sentiment, l'expression se présenterait d'elle-même.

C'est ainsi que ce seul discours devient immense par l'étude que j'en ferai; car je me propose de continuer cet examen des mots et des expressions jusqu'à la fin.

Voilà la première indication du maître: l'élève marche seul; il n'a plus besoin de guide à cet égard. mais cette indication est inutile à celui qui ne sait pas le discours ou qui l'oublie faute de le répéter.


Ne formerait plus - si pour - il suffisait. Je remarque attentivement cette locution destinée à exprimer ce raisonnement logique, abstrait et applicable dans toutes les circonstances imaginables: cela ne serait plus, si ceci était; or cela doit être, donc ceci ne peut pas être.
Je dis que ce rapport, cette vue de l'esprit, ce raisonnement est de toutes les causes. il faut donc que j'y applique ma réflexion, et que j'en compare la rédaction à toutes celles que je trouverai dans la suite: voilà une source intarissable de synonymes de locutions. les différences et les ressemblances se tirent de l'identité ou de la varité des sentimens que l'orateur veut communiquer.
Cette comparaison des locutions synonymes une fois indiquée, on passe à d'autres observations.

4° Je fais encore remarquer sur cette locution qu'elle est divisée en deux parties: ce qui donne deux combinaisons différentes; car on peut dire: si pour - il suffisait - ne formerait plus. Voilà donc un aperçu nouveau et, par conséquent, une étude nouvelle à proposer à vos élèves. Bien entendu que je ne vous propose que des modèles d'exercice: ce sont des exemples et non des lois.
Tout ce qu'on voit est utile, il faut fouiller dans tous les sens: la matière est inépuisable, et c'est la raison pour laquelle nous nous enfermons dans les bornes d'un seul plaidoyer. L'étude des renversemens a cet avantage qu'elle nous conduit à découvrir que l'ordre des idées est lui-même un signe qu'il faut bien connaître pour l'employer à propos.

Comparez donc les ordres. Ne négligez point cette nouvelle espèce de synonymes.





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