Joseph Jacotot - E. U. Langue Maternelle : DE L' ELOQUENCE DU BARREAU - 4 / 4

Publié le par Joseph Jacotot





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Pages 390 à 393




DE L'ÉLOQUENCE DU BARREAU
Quatrième partie - 4


Le sieur Rapalli est originaire, etc., jusqu'à de Paris.

L'orateur commence par les faits antérieurs au fait du mariage dont il s'agit. Jus ex facto oritur, est la règle de l'avocat lorsqu'il raconte les faits. Cette règle le décide dans le choix des circonstances qu'il doit présenter aux juges, et dans l'ordre qu'il suivra pour la composition de ce tableau destiné à disposer les auditeurs en faveur de son client.

Remarquez donc que vous remarquez la raison du choix et de l'ordre des faits.

Observez que, dans un plaidoyer, l'ordre dans lequel l'avocat a acquis ses idées se trouve renversé. En effet, il a commencé dans l'exorde par nous dire qu'il ne suffit pas d'alléguer vaguement un prétendu défaut de consentement; il nous raconte maintenant que le sieur Rapalli, noble et riche, avait obtenu une charge honorable. Il est évident que ce récit a pour but de démontrer la réflexion faite dans l'exorde; mais justifier une réflexion n'est autre chose que suivre, dans le développement parlé ou écrit, un ordre inverse à celui des idées, puisque la réflexion tire son origine du fait qui lui est antérieur.

L'exorde est donc un récit généralisé. Il faut étudier les exordes sous ce nouveau point de vue. Voilà un exercice ajouté à tous les autres. Tout homme qui trouve un exorde superbe à la première lecture ne sait pas ce qu'il dit. Il admire évidemment sans réflexion, et il parle sans penser. Comment peut-on savoir si l'exorde, c'est-à-dire, la conséquence des faites est raisonnable, quand on ne connait pas les faits? C'est la forme matérielle qu'on admire.

Les abstractions nous charment; nous laissons divaguer nos pensées tandis que l'orateur parle; nous inventons une cause à laquelle puisse convenir tout ce qu'il dit. Cet ouvrage de notre imagination nous séduit, et nous persuade encore mieux que le récit exact des faits: nous serions passifs en l'écoutant; nous sommes actifs en composant nous-mêmes.

L'orateur dans son exorde compte donc sur l'activité de l'intelligence, et dès qu'il a réussi à la mettre en mouvement, il est sûr du succès: il triomphe de nous par nous-mêmes. Dans l'improvisation, il a des ressources qu'il n'a pas en écrivant: il peut, par la manière de prononcer et de détacher les mots, appeler notre attention où il lui plait, et la laisser reposer quand il le faut.

On doit donc exercer l'élève à lire. Voici la règle de notre déclamation dans l'Enseignement universel: Il n'y a point de déclamation.
Ce qu'on appelle déclamation est un art d'invention et non pas un art d'imitation: or, nous ne voulons qu'imiter la nature. Nous disons, nous, qu'il faut lire comme il faut écrire. Celui qui a étudié la déclamation, lit tout à livre ouvert.
Nous ne sommes pas si savans: nous n'oserions pas lire ce que nous ne comprenons pas, et nous ne comprenons ( d'après l'étymologie du mot) que ce que notre esprit prend ensemble et voit tout entier. Si quelqu'un sait lire, c'est Talma sans doute. Demandez-lui s'il oserait lire un morceau qu'il n'a pas lu d'avance. Nos lecteurs de salon ne font pas tant de cérémonie: ils lisent sans façons le premier livre qui leur tombe sous la main; ils ne voient pas que cette lecture est un mensonge; ils imaginent, ils improvisent, et la suite donne souvent un démenti perpétuel à leur début; d'une histoire ils font un roman. Je prétends que pour dire le premier mot d'Athalie, Oui..., il faut connaître toute la pièce. On ne peut pas plus lire, que jouer un concerto à vue.

Mais je m'arrête. Comment faut-il lire? Comme on parle. Prenez votre voix, votre ton, vos gestes à vous: soyez vous-même. Tout ce que nous avons dit sur les trois genres est encore applicable ici.

Ainsi, on dira l'exorde, les faits, tout le discours d'après les principes dans lesquels il doit être composé.






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