Enseignement Universel, Musique, page 29 à 32

Publié le par Joseph Jacotot

 




Je réponds encore : " Vous avez du respect pour l'autorité de monsieur Adam lorsqu'il est de votre avis. Ce grand musicien pense qu'il ne faut arriver au piano que préparé par des études préliminaires. On doit d'abord savoir la musique. Monsieur Adam fait plus, il cite aussi l'expérience. Les progrès, dit-il, sont incomparablement plus rapides en suivant cette marche. Mais il démontre que cela doit être. Comment apprendre en même tems, dit-il, les notes, leur valeur, les différentes mesures et le piano? Remarquez qu'il ne fait tant d'efforts que pour combattre la mauvaise méthode, qui s'est établie, de commencer tout de suite l'étude du piano sans tous les préliminaires qu'il croit indispensables. Ainsi, nous ne fesons, comme on le voit, qu'imiter en cela les maîtres ordinaires qui ne manqueront pas de dire ( je les entends d'ici) que monsieur Adam a tout à la fois tort contre eux et raison contre vous.


Va pour cette première inconséquence, voici la seconde: monsieur Adam s'élève contre ceux qui prétendent que les sons se trouvent tout faits sur le piano; cette opinion est signée des membres du conservatoire; mais cette fois il n'en faut pas douter, la corporation ne pense pas , son avis ne prouve rien.
Il est clair, en effet, que les mazette qui savent où il faut poser les doigts, produiront sur notre âme la même impression qu'un virtuose. celui-ci n' a d'autre ressource que l'agilité qui étonne et " le faire difficile  " qui en impose. L'instrument est  composé de petits leviers qui disent, bon gré mal gré, tic-tac à mesure qu'ils s'élèvent et s'abaissent. Ce claquement monotone est un accompagnement barbare qui me distrait et s'oppose à toute émotion communiquée. Au vallon ( tic-tac) tout est sombre ( tic tic tac). Il y a de quoi mourir de rire si on y fesait attention. Pour sauver cet inconvénient, on frappe fort de la main gauche un accord qui étouffe ce cliquetis et alors on n'entend plus le chant. ou bien, on ne fait que des roulades dans lesquelles les sons se succèdent avec tant de rapidité que l'oreille oublie ce bruit de baguettes qui semblerait battre la mesure, si les coups se succédaient suivant une loi fixe et invariable.

Le piano n'est et ne peut être qu'un bruit confus de sons appréciables et inappréciables quel que soit l'artiste qui joue.
Ce n'est point l'avis de monsieur Adam; mais nos messieurs de la corporation n'admettent l'autorité de monsieur Adam ou de Fénelon que dans le cas seulement où cette autorité leur est favorable.

On commence par le piano dans l'enseignement universel et monsieur Adam dit que cette méthode ne vaut rien, donc il a raison puisqu'il nous combat.  Les maîtres de l'enseignement universel croient que les sons ne se trouvent pas tout faits sur le piano. Monsieur Adam dit la même chose, donc il a tort puis qu'il est de notre avis.
Voilà la logique de la vieille méthode.

Le violon est un instrument que l'homme fabrique au moment de l'exécution et pour le besoin, il ne présente que les rudimens d'un piano qu'il faut faire et refaire à chaque note. Le piano est malheureusement trop fait d'avance, il ne laisse pas assez de travail à l'artiste. Le facteur l'aide trop et en même tems, il l'embarrasse.

Le fait est vrai, mais qu'en résulte-t-il ? Qu'il est plus difficile de parler à l'âme avec un piano qu'avec un violon. Les ressources sont infinies pour Lafond qui saisit un violon. Aussi est-il plus rare d'arracher des larmes avec un clavecin que d'attendrir avec un violon. Mais est-ce à dire que la difficulté soit insurmontable? Ne peut-on la vaincre en partie? Est-il impossible d'approcher du but?  Entendez-vous Moscheles de sang-froid comme vous écoutez un écolier? Et doutez-vous que celui qui vous ébranle avec un piano vous eût entrainé avec un violon? Ne venez -vous pas d'entendre que c'était un homme qui parlait? Croyez-vous aussi qu'on soit né pour le piano plutôt que pour la trompette marine?

N'ai-je pas le génie inné d'un instrument qui n'est pas encore né?


Disciples de l'Enseignement universel, croyez-moi, le piano n'est pas tout fait.

De Ignaz Moscheles, Pastorale opus 135

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