Joseph Jacotot E. U. Langue Maternelle Histoire - 4

Publié le par Joseph Jacotot




Pages 166 à  171



DE L'HISTOIRE

Quatrième partie



Vème Fait.
2083 ans après la création du monde, du temps d’Abraham, Inachus fonda le royaume d’Argos.
Joseph, fils de Jacob, descendant d’Abraham ; ses frères furent jaloux de sa vertu, et la jalousie est, pour la seconde fois, cause d’un parricide.

Vérifiez.
    C’est toujours la même chose. Cela a déjà été dit. Bossuet, dans la rapidité de son récit, suppose que le prince connaît tous les détails historiques. L’écolier qui a lu l’Epitome historiae sacrae sera donc instruit d’un plus grand nombre de faits que l’élève de Bossuet lui-même. Il est vrai que l’histoire de la religion doit être connue de tout le monde, et Bossuet n’a pas manqué, dit-on, d’en instruire le dauphin. Sans doute, mais je veux dire que celui qui n’aurait appris que Bossuet ignorerait beaucoup de l’histoire profane. Car, partout, la marche de l’écrivain est la même; il avance toujours sans regarder à ses côtés.

    Cependant l’homme qui posséderait le discours sur l’histoire universelle embarrasserait l’homme le plus savant du monde qui aurait lu le même livre. Plus il en aurait lu d’autres, moins il répondrait à l’homme de ce petit volume.
   
    Ne lisez donc pas toujours mais relisez sans cesse. Vous ne saurez pas tout , mais vous saurez bien.
    Ecoutez les savans, leur conversation vous instruira; parce que vous la retiendrez à l’aide de votre mnémonique. Mais ils n’apprendront rien avec vous. Les uns vous écouteront d’un air distrait et dédaigneux; les vrais savans, ceux qui ont remarqué qu’on s’instruit avec tout le monde, vous écouteront, mais ils oublieront ce que vous aurez dit, tout savans qu’ils sont, s’ils ne suivent pas notre méthode sans le savoir; s’il ne se forme pas une liaison d’idées qui rattache, dans leur tête, ce que vous dites à ce qu’ils ont appris laborieusement dans leurs veilles.

    On ne retient que ce qu’on répète; et si la répétition est continue, on va vite.
   
    Si elle ne se fait qu’à de longs intervalles, et à force de changer de livres, il faut bien du temps pour qu’elle opère son effet.

    Cependant, je vois que les autres semblent avoir pris des précautions pour cela : tous les livres sont copiés les uns sur les autres, et les rayons d’une vaste bibliothèque ne sont guère que des répétitions éternelles. Mais les savans qui lisent ce que les savans écrivent sont loin de s’en douter, puisqu’ils amassent chaque jour de nouveaux livres. Aussi, ce n’est qu’après avoir longtemps fatigué leurs yeux et leur esprit que celui-ci se fait enfin, malgré eux, de tout leur farrago à peine un petit volume de produit bien net.

VIème Fait
Cécrops fonda douze villes dont il composa le royaume d’Athènes. Les peuples de l’Egypte s’établirent en divers endroits de la Grèce.

Vérifiez.
    J’aime la Grèce, dit Sésostris ; plusieurs Egyptiens y ont donné les lois.

    Remarquez que Fénelon suit notre méthode et qu’il ne compose que sur des faits.

VIIème Fait
Moïse affranchit le peuple hébreu de la tyrannie des Egyptiens. Josué conquiert la terre sainte. Pélops règne dans le Péloponnèse. Bel, roi des Chaldéens reçoit de ces peuples les honneurs divins.

Vérifiez.
    Voyez si la réflexion que vous fournit le fait inconnu ne se trouve pas dans quelqu’un des faits de votre livre qui vous sont connus d’avance. Ainsi, par exemple, Bel reçoit les honneurs divins. Isis, Osiris etc., les bienfaiteurs du genre humain, ont été souvent déifiés par la reconnaissance dit Masillon.

    Dans ce cas, c’est une folie des peuples, et, par conséquent, cela n’apprend rien. Mais si on suppose que Bel se faisait rendre les honneurs divins, ce trait d’orgueil n’est pas neuf non plus pour moi. Voyez Nabopharzan dans Télémaque.

VIIIème Fait
2820. Prise de Troie.
Samuel, dernier juge, et Saül, premier roi des Hébreux. Médon et Nilée, fils de Codrus qui s’était dévoué à la mort pour le salut de son peuple, se disputent la royauté. Les Athéniens créent des Archontes, et Médon fut le premier.

Vérifiez.
   
    La mauvaise conduite de Bocchoris ( fils de Sésostris qui avait fait le bonheur de l’Egypte) révolta les Egyptiens qui nommèrent roi Termutis.
    Nous avons déjà vu les haines et les passions des frères. Les vices, les passions sont toujours les mêmes; les vertus aussi, témoins Sésostris et Codrus. Mais ce sont surtout les malheurs, que causent les passions, que nous remarquons, parce qu’on n’est pas toujours puni sur-le-champ de ses fautes.

    La conscience parle quelquefois si bas, que la distraction des succès, l’emportement des passions étouffent sa voix pour quelques instans. C’est un soutien de plus pour notre faiblesse que de terribles exemples ! Mais le plaisir de bien faire est une assez douce récompense pour la vertu; rien ne peut nous distraire de cette jouissance intérieure : les exemples, les promesses sont moins nécessaires. L’homme vertueux est payé à l’instant même ; le méchant tarde quelquefois à l’être. La récompense de la vertu l’accompagne toujours.

    Nous préférons de parler des vices, dans ces exemples de vérification ( et ici ce ne sont que des exemples), parce qu’il est plus facile d’être d’accord sur ce point; car on contestera que Sésostris fût un homme vertueux, et l’on ne trouve, au contraire, guère de contradicteurs quand on blâme. L’exercice sera donc beaucoup mieux compris de tout le monde.



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