Joseph Jacotot - E. U. Langue Maternelle : ASSEMBLÉES QUI SONT CENSÉES EXERCER UNE PARTIE DU POUVOIR - 4

Publié le par Joseph Jacotot






Pages 367 à 369




ASSEMBLÉES
QUI SONT CENSÉES EXERCER UNE PARTIE DU POUVOIR
Quatrième et dernière partie



    L’intelligence ne manque jamais : c’est la volonté qui manque. Ceux qui croient qu’il faut une passion pour nous donner la volonté, doivent être portés à conclure que les hommes diffèrent en intelligence. En effet, on ne juge de l’intelligence que par les effets ; or, presque toujours, une passion, une disposition, un goût dominant est la cause de nos talens et de nos succès : donc, puisque tous les hommes diffèrent de goût et d’inclinations, c’est comme s’ils différaient par l’intelligence. On ne fait pas attention que la raison nous a été donnée précisément pour vaincre toutes nos passions, et nous rendre capables de tous les efforts nécessaires pour faire tout ce que nous voulons bien, tout ce que nous devons vouloir.

    Quand la patrie appelle un homme, il doit avoir la faculté de remplir le devoir qu’on lui impose ; il faut bien qu’il ait l’intelligence suffisante pour apprendre à le remplir ; l’ordre est souvent donné au hasard, mais cela ne peut pas être autrement ; il est rempli avec nonchalance, on le néglige quelquefois sous prétexte de la difficulté de le bien remplir.

    Mais ici c’est un individu qui s’excuse, et si vous écoutez ses raisons, vous renoncez à la raison, vous n’admettez plus la moralité des actions humaines. S’il a pu refuser le poste, pourquoi l’a-t-il accepté ? Si son devoir  était d’y rester, pourquoi n’y est-il pas péri, plutôt que de manquer à le défendre ?

    Les braves nous donnent cet exemple-là tous les jours. On peut, sans doutes,
n’avoir pas les connaissances nécessaires pour s’acquitter de ses fonctions de citoyen ; mais on peut les acquérir. L’amour de la puissance fait demander toutes les places ; l’amour de la gloire nous rend capables de les remplir dignement. Lucullus demanda le généralat sans savoir la guerre ; il la savait quand il arriva en Asie : il l’avait apprise en route.

    S’il n’eût eu que le désir du commandement, il ne serait devenu que général. Les passions nous rendraient-elles propres à tout et la raison propres à rien ? Ne pouvons-nous arriver aux sciences, aux arts, aux talens, à la gloire, que par les passions ? Et la raison, l’intelligence qui peut nous conduire à la vertu, ne peut-elle faire ce qu’on obtient des passions dont elle condamne la violence et les transports ?

Non, rien ne peut être difficile pour celui qui peut se vaincre lui-même.

    Mais je suppose que l’orateur soit dans une position où sa raison décide qu’il doit parler et non se taire. Il est des circonstances où tout se réduit au mouvement du corps qui se lève et s’assied comme par ressort : alors la méthode est inutile ; il ne faut plus d’études préliminaires, et l’on est toujours propre aux assemblées où ced balancement machinal suffit.

    La connaissance des lois sur les élections, de l’influence exercée du dehors etc., etc., tout cela est nécessaire. On ne peut pas deviner les faits ; il faut les apprendre et les comprendre avant de parler. Souvent un orateur ne parle pas pour ceux qui sont présens ; il faut donc qu’il connaisse les dispositions des absens : presque toujours on se fait illusion à cet égard. Mais ce n’est pas l’intelligence qui manque, c’est la passion qui nous emporte. Toutes ces connaissances préliminaires sont immenses à acquérir par l’ancienne méthode.

Pour nous c’est un jeu. Nous savons tout d’avance, tout est dans nos livres : il n’y a que des noms à changer.


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